Dies Iræ

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Dies Iræ

Message  Anog Ite Ankhmet le Jeu 28 Mar - 1:01





Dedans, allongée, te mettre debout, avec les jambes, tes jambes
qui ne répondent pas
la viande dessous a bleuie
abîmée par les coups
ton cœur bat lentement
il suffoque dans ton torse
sous la peau craquelée par les brûlures
entre la pince de tes côtes
il se dérègle
et ta tête fracturée
se déboîte
fragmente les idées
les images saccadées qui reviennent
des visages qui ricanent
des mains qui tâtent et brutales volent
violent
saccagent
ton corps enroulé dans ton manteau poisseux

être dehors et respirer, debout,
mais tu es allongée dedans
dans le vertige descendant d'un puits sans air
prisonnière de cette obscurité
profonde
épaisse
étroite comme un cercueil
plaquée sur la pierre
sale et moite
rampant sur sa surface baveuse
enfermée dans les hurlements
qui montent comme des flammes et te léchent
Et tes yeux papillonnent dans le noir
des larmes jaillissent
collent comme un acide sur ta vitre

tu pleures.

Presque.

Tes mains tu les cherchent, elles tremblent, elle grimpent sur ton crâne, lapent tes tempes
trouvent tes oreilles
à vouloir les arracher
pour faire le silence
tu enfonces tes doigts
pour ne pas entendre

l'eau qui suinte
l'eau qui coule
qui éclate comme de la poudre à canon

Et un diable s'éveille
la colère quand ton front ploie dans l'eau sale
par l'échine traversée
la douleur d'une lance
ton corps se déjette en arrière
projette ta poitrine en avant
tu es campée sur tes cuisse cramponnée dans tes pieds debout, presque debout,
tassée comme une hyène et tu cries
incompréhensible
tu hurles
et tout ton être est en feu
la foudre te sort par la bouche
la rage gonfle ton front et les bras
tu brûles
tu serres les poings et te mords les phalanges et la tête basse,
la tête cornue
comme un taureau sauvage ne pense plus qu'à vivre
dehors
et la tête en avant tu te jettes hors de toi-même en avant droit devant
devant toi
sur le bois de la porte et les ferrures de la porte qui t'entrent dans le crâne,
dans le front
à faire saigner la racine de tes cornes
et tu recommences
jusqu'à ce que tu défigures
le prison
la prisonnière
la reine
pour n'être plus rien
qu'une bête.







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Message  La Chèvre Noire le Lun 1 Avr - 7:54

La porte est épaisse mais les cris passent par la grille qui est là, à hauteur d'yeux. Ils se mêlent aux autres cris dans le puits des geôles, qui rebondissent sur les parois et s'insinuent dans la spirale du couloir qui s'enfonce vers les profondeurs. Là en bas ça hurle aussi, c'est l'heure où ils hurlent tous, l'heure où la lumière du jour s'en va. Au milieu du tumulte les cris qui sortent de cette cellule-là ne sonnent ni plus fort ni plus fou que les autres. La furie solitaire d'une captive, et une chanceuse encore, une des cellules du haut, où l'air est moins moite, où les murs suintent moins, où il y a la place pour s'allonger vraiment ou se tenir debout.

Les chocs contre la robuste paroi de bois se répètent, et rien n'indique à celle qui cogne et qui hurle que quiconque s'en soucie. Ni bruit, ni silence, ni mouvement, rien de perceptible pour elle. Pourtant, là-dehors, ça bouge.

Il y a deux hommes et un demi-orc, à quelques mètres de sa porte. Ils jouaient aux dés jusqu'à entendre son premier cri, et là ils ont levé la tête. Se sont regardés. Ont regardé la porte. Les chocs ont suivi les cris, l'un des hommes a fait mine de ricaner et l'autre, celui aux cheveux noirs, l'a fait taire d'un geste sec, autoritaire. Ils ont continué à écouter en silence. Puis celui aux cheveux noirs a fait un autre geste, un signe de tête, et l'homme plus jeune s'est levé et a remonté le couloir en spirale vers la sortie.

Les minutes passeront, l'homme aux cheveux noirs et le demi-orc seront remontés de quelques mètres, éloignés de la porte contre laquelle la prisonnière frappe à grands coups sa peur et sa furie. Installés un peu plus loin, ils deviseront à voix basse. Puis leur compagnon reviendra, se réinstallera sur le seau retourné qu'ils auront déplacé pour lui, donnera à l'autre homme les consignes qu'il est allé chercher, en quelques mots rapides. Puis ils reprendront tranquillement leur partie interrompue, et leur attente.

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Message  Anog Ite Ankhmet le Lun 8 Avr - 5:43

BANG
BANG
BANG

Aussi régulier que le balancier d'une horloge
Aussi tenace que les battements d'un coeur
ça ne s'arrête pas


cette violence
la violence intérieure qui répond au dehors
à la geôle
à tes bourreaux
à ceux qui ont osé ce que nul n'aurait jamais songé à t'infliger en te connaissant un peu
la prison
la boite
le noir de la boite
le vide asphyxiant
pire que la mort

ton crâne s'ouvre et saigne
tu ne geins pas
tu hurles

BANG

tu hurles encore plus fort

BANG BANG

tu vocifères
tu grognes
et tes yeux révulsés cherchent une issue
une fente
un trou, même minuscule, où tu pourrais te faufiler
comme un rat
quitte à te trancher un membre
à renoncer à courir
à renoncer à toucher

à te raboter jusqu'aux os, s'il le fallait
si tu pouvais

tu jettes tes poings
ta poitrine
ton front
tes genoux
tes pieds
tout ce que tu peux jeter de toi contre cette porte qui ne cède pas
qui ne grince pas
qui ne se fend pas

BONG
BONG

tu mords la serrure, tu t'y pince la bouche, tu cognes du coté de ton poing, tu y enfiles un doigt
ta peau s'arrache
le sang goutte sur le sol
il rougit tes dents

CRAC

tes lèvres
tu es une rivière
un fleuve impétueux
la lave
un océan
de larmes
BANG BANG BANG BANG
tu crois vomir un démon hérissé de pointes
il te déchire les organes en se libérant
la rage et la peur te donnent la force qui manquent à ton corps pour bouter
émietter
disséminer

BANG

détruire

BANG

te détruire

tu es un bélier
tu es la foudre
tu es le vent qui arrache les arbres
tes bras sont des haches
ton tronc est une bombe
et tu ne sens rien
juste ce liquide chaud qui rafraichit ton visage, palpitante grenade, et ton corps en feu qui dans un dernier élan vient se fracasser contre la porte
qui n'a pas cédée devant ta volonté
Tu coules à pic comme un navire torpillé
tu sombres jusqu'au fond de ces abîsses que tu crains trop pour les chérir assez, fracassée, dévalant ce mur de silence
qui désormais a prit toute la place.



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Message  La Chèvre Blanche le Dim 14 Avr - 10:35

Autant les gardes n'ont pas semblé s'inquiéter des cris et des coups, autant le brusque silence qui s’installe derrière la porte de la cellule les fige tous sur place. L'homme le plus âgé réagit dans la seconde et saute sur ses pieds. En quelques pas il est devant la porte, et il glisse un regard à l'intérieur par la petite grille placée haut dans le massif panneau de bois. Il fait très sombre dans la cellule, mais il a l'habitude de ces ténèbres, et il n'a pas besoin de voir pour comprendre. La respiration de la captive est irrégulière, superficielle, ce n'est pas le souffle de quelqu'un de conscient.

L'homme se tourne et lance à ses compagnons un mot bref, presque aboyé. Celui qui avait déjà été transmettre la première demande d'instructions est déjà debout, et l'instant d'après il file le long de la spirale ascendante pour aller accomplir sa mission. Moins de trois minutes s'écouleront avant que le bruit de ses pas annonce son retour. Un autre bruit de pas résonne, trottinement rapide accompagné d'un frottement, comparable à celui que ferait sur le sol de pierre le corps d'un gros serpent.

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Message  Mestre Qyburn le Dim 14 Avr - 10:37

Il fallait s'y attendre, et fort heureusement ce Svein n'est pas la moitié d'un imbécile, et il a envoyé le petit me prévenir. quand la prisonnière s'est éveillée. Tout est prêt quand il le faut, je n'ai plus que la sangle de la sacoche à passer à mon épaule quand il revient me chercher pour me dire que la prêtresse s'est battue avec la porte jusqu'à la victoire finale de l'inanimé sur l'animé. On sous-estime souvent la puissance de l'inerte. Même si dans ce cas précis il est peu probable que l'elfe ait envisagé les choses sous l'angle de la raison et du rapport de forces. Selon les gardes, c'était une bête furieuse plus qu'une reine qui cognait dans cette cellule.

Je me hâte à la suite du petit (vais-je un jour parvenir à me souvenir du nom de ce falot jeune homme aussi banal qu'une fissure dans un vieux broc, je me le demande), ma sacoche me battant la hanche. Je peux être assez véloce quand il le faut, et il le faut sans doute. En tout cas la hiérarchie a été d'une clarté cristalline sur la question : elle doit rester en bon état physique, et c'est à moi que la responsabilité incombe. Merci bien.

Je ne suis pourtant pas prêtre, ils semblent souvent l'oublier. Il faut dire que "notre" prêtre, ce vieux pervers de Utt, est plus souvent qu'à son tour noyé dans un fût d'hydromel que capable d'assumer son fardeau. Je gage qu'il finira écourté de quelques détails anatomiques si la Chèvre en vient à s'agacer de son inutilité chronique. Et donc me voilà, nanti de mon seul bagage scientifique et d'un soupçon de capacités magiques, à faire son boulot et à porter sa charge. La peste soit de la religion. C'est tous rien qu'une bande de gros fainéants qui tissent sur le prétexte de leur spiritualité, aussi douteuse que l'existence de leur idole, une litanie d'excuses pourries pour faire travailler les autres à leur place.

Soit, concentrons-nous, la tâche sera délicate, et je n'ai pas droit à l'erreur. Svein m'attend devant la porte d'une des grandes cellules, et sur mon signal, il la déverrouille. Bien, ils ont donc suivi les ordres à la lettre et n'ont pas tenté d'entrer hors de ma présence ou de celle de la Chèvre ou de son substitut blafard. Le battant s'écarte doucement, et Gurdrig, le demi-orc, lève sa lanterne pour en éclairer l'intérieur. Et oui, elle est bien là, étalée sur le sol froid, les membres en désordre et du sang autour de la tête, flaque noire dans la pénombre.
Je me demande quel goût ça a, du sang de reine.

Bien, au travail, Qyburn. D'abord, l'installer confortablement. Sur mon ordre, Gurdrig refile sa lanterne au petit et vient soulever le corps de l'elfe, si mince et léger pour ses bras robustes. Je trotte vers le rebord de pierre garni d'une paillasse et d'une couverture usée mais chaude qui sert de couche dans ces cellules-ci, luxe inouï comparé au rectangle de pierre nue qui sert de logis à ceux d'en bas. Le garde dépose ma patiente sur la paillasse, sans un regard vers la chair pâle qui luit d'un éclat soyeux dans la lumière dorée de la lanterne. Il les aime plus dodues, et c'est tant mieux, qu'il n'ajoute pas sa bave de convoitise aux souillures qui déparent ce noble corps meurtri.

J'engueule le petit pour qu'il approche la lumière de la tête de la captive, après avoir rabattu sur elle la vieille couverture. Ah, maintenant je vois mieux. Etranges ces petites cornes, je ne les avais pas remarquées quand ils l'ont amenée. Une elfe à cornes. Quelle étrangeté. Et les yeux que j'examine pour tester leur réactivité sont non moins étrange. Aaah, je sens le démon de la curiosité qui revient me titiller le cortex. C'est mal c'est mal, j'ai du travail. Concentrons-nous. J'inspecte le crâne blessé de ma patiente, et il ne me semble pas fracturé. Pas contre la pupille droite ne réagit pas, c'est mauvais signe. Elle a du provoquer par ses charges furieuses une blessure qui saigne en-dedans, en plus de celles qui saignent en dehors. Voilà qui peut à terme provoquer de graves séquelles, tous ceux qui ont pu observer le résultat de la rencontre d'un crâne avec une masse d'armes peuvent en témoigner. Il n'y a pas de temps à perdre...

Je ne suis pas prêtre, et justement, puisque la foi aveugle et béate ne m'autorise pas à déverser à tort et à travers un torrent magique qui guérit tout ce qu'il rencontre, du rhume des foins aux ongles incarnés, je suis contraint d'utiliser quelque chose de plus précis, plus efficace et infiniment plus concret : le savoir. Et là, il se trouve que je sais quoi faire, je sais comment le faire, et j'ai tout ce qu'il faut pour y parvenir. Une impulsion magique suffit à localiser la blessure, l'infime vaisseau qui a cédé sous les chocs, et à lui rendre son intégrité. Maintenant, il créer une voie pour que le sang s'écoule, et ça, c'est un travail de sorcier. Un travail délicat, tout en finesse, le genre de dentelle magique que j'adore réaliser. Forer à travers l'os le passage minuscule, avec la plus grande précaution. Voilà, le sang qui jaillit est rouge et clair. Quelques instants suffisent, l'écoulement se tarit, je peux à présent refermer l'orifice, avec douceur, à petites touches de magie curative.

Comme quoi il n'est nul besoin de déchaîner des tempêtes magiques pour pratiquer la chirurgie. Je crois que je peux être fier de moi.

Bien, à présent que le plus urgent est fait, je peux prendre le temps de soigner les autres blessures, de nettoyer la peau nacrée de la belle dame, si sereine dans son inconscience. Je n'en reviens pas de ces petites cornes. Serait-elle vouée à la Chèvre, prédestinée ? J'ignore la réponse à ce qui est plus un petit fantasme personnel qu'une véritable interrogation. Ma patiente sommeille, ses plaies refermées. Je ne puis prédire quel sera son état à son réveil, et ne puis qu'espérer que la grandiose gueule de bois qui l'attend la guérira de ses envies de se confronter avec deux pouces de chêne massif bardé de fer noir. Après tout il faudra bien qu'elle retrouve la raison. Elle en aura besoin pour négocier le prix de sa liberté.

Mais ça, ce sera pour plus tard.

Je quitte le chevet de la dame Anog rassuré sur son sort, dont dépend le mien. J'inspecte les lieux et ordonne aux gardes de lui laisser un gobelet et un pichet de bois empli d'eau, dans laquelle je dissous un mélange qui l'aidera à combattre la douleur, et je prépare un petit message courtois pour lui enjoindre d'en boire un gobelet à son réveil et de me faire appeler si elle venait à en manquer. Après tout, toute prêtresse qu'elle soit, elle n'est plus qu'une femme comme une autre une fois épuisée sa réserve de magie. J'ordonne également à Gurdrig de pendre la lanterne à l'extérieur, suffisamment près du guichet de la porte pour que la lumière pénètre à l'intérieur. Voilà qui devrait l'aider à recouvrer son calme, à son réveil, du moins je l'espère.

C'est que bon, j'aime mon travail, mais j'apprécie modérément qu'on me fasse refaire trois fois la même choses dans la même journée, quand même.

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