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Message  Luvinia le Mar 4 Déc - 12:39

[hrp] En provenance d'ici [/hrp]

Migraine. Semi-graine, Égrène... Les souvenirs.
L'alcool derrière le comptoir à la couleur ambrée? Non... Elle a trop mal partout pour cela. Le cheval qui a rué et l'a désarçonnée aussi violemment? Non...
Autre chose.
Et puis ce froid sous elle. Anormal.
L'odeur? Inconnue.
Sa joue est comme engluée sur une surface humide et rugueuse.

Tombée. Elle se souvient maintenant. Un lézard s'en est pris à elle alors qu'elle attendait le retour de son guide... Elle savait bien qu'il fallait se méfier de ces créatures-là... Elles avaient bien trop de dents pour être honnêtes...
Et voilà, résultat, elle était dans cet endroit sombre où les âmes errent, où l'esprit peut si vite se ramollir et s'éteindre... Avant le retour à la vie. Comme une farce incohérente. C'était pénible, mais pas la fin du monde. Du moins ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait...
Pourtant, l'odeur n'était pas la même que d'habitude. Et les sons non plus. Et d'ailleurs, pourquoi elle avait si mal?

La prêtresse inspira discrètement. L'air était souillé de quelque chose qui rappelait la mort. Elle sentit confusément les battements de son coeur s'accélérer, pulsant déraisonnablement contre le sol. On allait l'entendre... Pourtant elle ne pouvait empêcher cette chose stupide dans sa poitrine de faire un bruit fou.

Discrètement elle ouvrit un oeil, puis l'autre. Elle aperçut des tiges de métal plantées dans le sol. C'était mauvais signe, ça, non?
Un genou, et le second. Les mains à plat sur le sol. Et du sang... poisseux sur ses vêtements, ses mains et sous ses yeux. Le sien. A qui d'autre? Tourner la tête, de gauche à droite, observer.

Et rouler sur le sol... Mauvaise idée que de bouger la tête en fait. Elle avait comme une sorte de nausée, de bile qui lui remontait le long de la gorge. Elle n'avait pu empêcher le son de passer ses lèvres, comme un borborygme de douleur étouffée. La prêtresse se concentra et laissa la magie la traverser pour guérir.... Ce ne fut pas long. Non pas qu'elle n'ait que peu à faire, au contraire. Mais curieusement, il ne restait plus d'énergie dans son corps pour activer quoi que ce soit... Et à première vue ses affaires n'était pas avec elle. Elles les auraient faite tomber à Entika?

Entika... Que s'y était-il passé? Elle se souvenait de la terreur qu'elle avait ressenti en voyant ce visage tourné vers elle avec une expression de ... de... quelque chose de malsain. Et son guide qui s'était éloigné... Mais il avait tenté de la rejoindre, pourtant. Quelque chose comme ça. Oui elle s'en souvenait. Elle espérait qu'il ne lui soit rien arrivé... Elle s'en voudrait beaucoup si c'était le cas.

Sur le dos, elle tentait d'apaiser le battement de son coeur à défaut de la douleur qui la vrillait. Mais en vérité elle avait peur. Aussi peur que lorsqu'on lui avait sauté dessus. Peur de voir ce qui l'entourait, de savoir.

Pourtant il fallait bien, non? Elle n'allait pas rester ad vitam allongée là à essayer de s'empêcher d'entendre et voir ce qui se passait... Courage...
Précautionneusement elle s'assit. Ses yeux s'étaient habitués à l'ambiance glauco-sombre de son environnement.

Alors son corps se mit à trembler. C'était bien des barreaux qu'elle avait vu. Ceux d'une cage. Et elle était dedans. Entre des murs oppressants et une ouverture empêchant la fuite du corps mais pas les regards. Ainsi elle avait été capturée. Instinctivement son corps se replia sous elle, et elle entoura ses jambes de ses bras, malgré la douleur que cela lui procurait. Elle sentait le sang déserter ses joues. Enfermée... Mais par qui? Le lézard ? Sans doute... Elle pensa à ces dents... Voilà c'était clair, ces dents-là ça servait à arracher la chair... Enfermée, comme un animal avant d'être mangée?

Elle secoua la tête rapidement, comme prise d'une quelconque folie pleine de dégout, laissant un son s'échapper de sa bouche.

"Non non non non non non non...."
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Re: Luvinia

Message  La Chèvre Noire le Sam 8 Déc - 10:34

Des barreaux...
Et au-delà des barreaux, l'obscurité, à peine habitée d'une torche à la flamme dansante, qui effleure les barreaux, les arêtes des pierres, le contour d'un vieux crâne d'une lueur pâle et affolée, trop faible pour faire face aux ténèbres du puits.
Et venus du puits, des ténèbres, les cris.

C'est presque l'aube.
Ils s'éveillent toujours avant le lever du soleil, comme s'ils sentaient le retour de la maigre lumière qui marque péniblement le passage d'un jour pour leurs esprits enfiévrés, perdus, à la recherche d'un repère, aussi lointain soit-il. Ceux qui hurlent le plus sont ceux du fond, et leur voix résonne en échos brisés de paroi courbe en arcade impassible. Les pierres moites se moquent de leurs cris. Les torches trop rares vivent leurs propres tourments. Seuls réagissent parfois les gardiens, là-haut. Ceux-là ricanent.

L'air empesté est trop chaud, trop humide. La prison à peine assez longue pour que la petite prêtresse s'allonge sans plier les jambes. Et il n'y a pour toute litière qu'une demi-brassée de paille pourrie, peuplée de puces et garnie de crottes de rats. Un broc d'eau près de la grille, pas de nourriture.

Un long meuglement diffus.

A l'aube, les vents tournent, ils s'engouffrent dans la grande fissure de la Tour aux Larmes, ainsi nommée parce que la magie qui l'a fait fondre a laissé de longues coulures de pierre sur ses murs déformés. Le son s'élève, prolongé, un vagissement plaintif et sinistre, surnaturel.

Silence.

Et brutalement, tous explosent en hurlements, rires déments, caquets hystériques, tous ceux qui ont déjà passé ici plusieurs jours, perdu des doigts, des membres. Perdu la tête. Perdu l'espoir.
Une cacophonie de l'effroi et de la désespérance, comme un orchestre de zombis ricanants s'accordant avant de jouer une danse macabre...

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Message  Luvinia le Dim 9 Déc - 9:01

Et puis montèrent les cris. Pour chacun de ses refus, pour chaque larme refoulée, elle percevait une douleur lancinante qui n'était pas sienne. Elle se tu, le regard figé sur la lumière dansante. Mais les cris, eux ne cessèrent pas. Elle avait l'impression que son coeur allait exploser. Ainsi elle n'était pas seule dans une cage? Pire encore... il y avait l'air d'avoir plusieurs étages... Plusieurs niveaux de prisonniers ? Des cris, comme des promesses d'un avenir qui sera bientôt le sien...

Que faire?

Elle posa les yeux sur ses genoux pour tenter de ne plus voir cette lumière vacillante, et les ombres qu'elle projetait... Et surtout sur quoi elle les projetait...
Et puis un bruit nouveau, une plainte incompréhensible. Le coeur qui rate un battement. Elle halète presque, déglutit en couinant. Trop de peur.... Même l'air qu'elle respire est poison, encrasse ses poumons comme cherchant à l'étouffer de l'intérieur...

Lorsque nait le silence, il brûle ses oreilles bien plus fort que tous les autres sons. Chez elle, il invitait à la paix. Ici il promettait le pire. La prêtresse s'approcha à genoux des barreaux, les effleurant du doigt, cherchant à voir au-delà. Guettant le bruit du pas d'un bourreau, le regard qui lui promettrait les mêmes tourments que ceux d'en-bas. Mais elle ne voit rien....

Impact.
Ses oreilles pulsent sous la puissance de l'attaque. Elle s'attendait à quelque chose, mais pas à ça. Elle joint sa voix à la cacophonie, dans un petit cri arraché alors qu'elle se projette en arrière. Elle percute le broc d'eau qui se renverse au sol alors que la prêtresse veille à mettre le plus de distance entre elle et... Tout le reste.

Les yeux écarquillés Luvinia regarde de tout côté. C'est pire que ce qu'elle croyait. Désespoir... D'une certaine façon, son hypothèse de finir mangée semble plus attrayante. Il y a au moins l'idée de fin dedans... Mais les voix... Les voix disent que cela continue, que cela n'a pas arrêté pour elle....
Allait-on la laisser là, mourir de faim, mourir d'ennuis ou de désespoir? Non.... Il y avait autre chose sûrement. Il y avait de la douleur, quelque part à venir.

Luvinia songea qu'elle aimerait grandement être comme son mentor, un fantome passe-muraille. Ainsi elle s'en serait allée, loin de ces angoisses... Penser à l'humaine lui serra le coeur. Elle l'avait abandonné, un jour, en pleine phrase, sans crier gare. Elle s'était sentie seule, aussi seule qu'aujourd'hui dans ce bouge étouffant. Elle avait dû se débrouiller pourtant, pour continuer à avancer. Mais là, que pouvait elle faire?

Les cris brisaient régulièrement le fil de sa réflexion. Elle n'avait qu'une envie, qu'ils, se taisent, que cela cesse...

Une fin....

Que lui avait-on appris? Que la mort pouvait être délivrance, car celle que nous vivons sur ces terres maudites n'est pas la vraie, pas la fin en soi mais le début d'un nouveau cycle. Et si elle mourrait, ici, maintenant? Cela lui permettrait de s'enfuir, peut-être... Il suffisait de faire le pas....

Mais elle avait beau tâter ses poches, elle n'avait même pas un petit couteau, pas une barrette à cheveux pour l'aider à agir... Et dans la pièce? Rien à part... La paille et le broc. Elle devina l'objet de métal à côté d'elle, et, tâtonnant, le récupéra. Elle essaya de frotter l'anse contre son cou, là où la veine pulsait un sang de vie. A force ça allait peut être couper....

Les cris l'angoissaient mais ils étaient surtout promesse de ce qui risquait de lui arriver si sa tentative échouait...

Au bout de plusieurs minutes, la prêtresse cessa, désespérée. Elle n'était parvenue à rien de concluant si ce n'est une sensation désagréable de brûlure dans le cou...
Elle fit la moue. Il y avait peur être moyen de tordre le métal ou d'en arracher un bout pour le rendre plus tranchant? ça n'allait pas être discret... Mais peu importe. Et peut être que les cris couvriraient sa tentative?

Elle lança le broc à terre de toute ses forces, cherchant à le bosseler. Puis du bout du pied, avec rage elle tapa pour plier le métal, dans un crissement de fer contre la pierre.
Et elle tapa
Encore
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Encore...
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Message  La Chèvre Noire le Mar 11 Déc - 10:22

- Oooooh ! Elle veut quoi la perce-neige ?

Une grosse voix rugueuse surgit d'une ombre qui vient brusquement avaler le jour naissant à l'entrée de la cellule. Un troll sans doute, au vu de la stature et de la longueur des bras. Un troll armé d'une masse d'arme assez monstrueuse pour faire frémir le plus aguerri des combattants.

- C'est quoi ce concert ? T'as déjà tout bu ? Eh ben tant pis pour ta p'tite gueule, t'en auras pas d'autre avant la soupe.

Et là... le colosse sort une grosse clé tarabiscotée, et l'insère dans la serrure. Crissement de métal récalcitrant, grincement des gonds rouillés. Il ouvre la grille et entre. Un pas, deux pas, lents et lourds. Il balance la masse pour dissuader l'occupante de la geôle de tenter de le contourner, chose qui serait du reste fort hasardeuse, car il occupe deux tiers de la largeur de la minuscule pièce. Il faudrait lui passer entre les jambes, et là, un seul mouvement des énormes pieds bottés et l'imprudent optimiste se retrouve en train de prendre le moulage du mur de gauche avec ses gencives.

- Sale gosse, comment tu m'l'as amoché. R'garde-moi ce gâchis. Le geôlier-chef va encore tirer un de ces gueules...

Il grommelle et ramasse vivement le broc de métal cabossé, en pestant sur tous ces dingues qui cassent le matériel et ces petites princesses de ses-deux qui savent pas appeler les gens pour demander à boire au lieu de massacrer le mobilier, non mais des fois. Ca pourrait être cocasse s'il n'était si énorme. Ca pourrait donner à sourire s'il ne finissait pas sa tirade par un revers négligent de la main, largement balancé, qui vient cueillir Luvinia à la pommette. Il n'y a pas vraiment mis de force. Elle va heurter le mur, mais ne s'y incruste pas.

- ... t'apprendras à respecter c'qu'on t'donne. T'auras p'têt' à bouffer demain, à boire pareil. Si le chef est d'accord. Mais ça, il aimera pas.

Et le pire, c'est que sa voix est sans animosité. Juste un peu lasse. Il recule en emportant le broc, baisse la tête pour passer la grille, la referme dans un grincement. C'est seulement là, depuis le couloir, que son visage apparaît dans la lumière, hideux. Il fixe la jeune prêtresse. Puis il sourit. Et là, ça fait vraiment peur.

- T'as fait une connerie, Perce-Neige. J'veux bien parier, tu vas avoir de la visite. Le genre qui va pas te plaire. J'espère que le chef nous laissera regarder, les potes et moi... La dernière fois c'est moi qui ai gagné le pari, à la minute près j'ai su quand la fille allait tourner de l'oeil. Toi, tu tiendras pas bien longtemps...

Son rire plein de verrues et de glaires envahit la cellule. L'écho qui en revient depuis le puits est encore plus affreux.


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Message  Luvinia le Mar 11 Déc - 12:03

C'était clair, ça. Le bruit risquait d'alerter quelqu'un, et effectivement, quelqu'un était venu. Et pour un quelqu'un c'était plutôt un gros morceau. Du genre qui prend beaucoup de place si on essaie de le cacher dans une armoire... Quoi qu'elle ne voyait pas trop pourquoi elle voudrait le cacher, à y réfléchir. En fait c'était surtout elle qui en avait envie. Ne pas se faire remarquer par cette chose énorme et verdâtre, avec une arme plus épaisse que son propre corps.

Finalement, son idée n'était peut être pas très bonne... Elle s'écarta d'un pas de l'objet du litige, de crainte qu'il ne lui fauche son pied en même temps que le broc, tellement ses mains étaient de taille impressionnante.

" Non j'ai pas tout bu je voulais juste.... " Le reste de la phrase se perdit dans une suite de sons incompréhensible alors que la prêtresse baissait la tête, confuse. Un "désolé" pouvait à la rigueur être distingué à la fin.

Mais apparemment le fait qu'elle puisse être ou non désolé n'avait guère d'importance. En tout cas le mur qu'elle percuta n'avait que faire de ses états d'âmes. Elle se cogna durement dans un couinement de souffle coupé, avant de retomber direct au sol. En rampant elle se redressa, se collant au mur. Elle n'avait pas envie de se prendre un coup de botte au visage en plus de cela... D'ailleurs sa pommette la lançait. Elle sentait la chaleur monter contre sa main lorsqu'elle l'effleura du bout des doigts. Devant l'injustice de l'acte, elle ne savait que dire. Et en plus il promettait une visite qui n'allait pas être des plus agréable? Mais où était-elle tombée ?! D'ailleurs ce n'était pas une mauvaise question... Elle attendit qu'il soit bien repassé de l'autre côté des barreaux afin d'être sûre de ne pas risquer un autre revers.

" Pardon monsieur, mais... On est où là? ça ne se passe pas comme ça, d'habitude quand on nous agresse au dehors.... Qu'est-ce que tout cela signifie... j'ai fait quelque chose de mal pour être ainsi mise en cage? Il doit y avoir un malentendu... "

Luvinia observait la créature de l'autre côté. Il lui avait appris qu'il y avait au moins une autre fille qui avait été enfermé ici, et que celle-ci avait eu le droit à un traitement qui faisait s'évanouir. En son oeil connaisseur il évaluait qu'elle ne tiendrait pas longtemps. Elle voulait bien le croire...

"C'est drôle, on ne m'avait jamais donné de surnom avant."

Elle tenta un sourire amical... Et totalement hors contexte. Elle secoua la tête histoire de ravoir les idées claires.

" Hé euh... s'il vous plaît... Je suis censée... tenir à quoi?"

Savoir ne lui apporterait pas grand chose... Mais d'un autre côté, elle n'était plus à une angoisse près, et ne pouvait s'empêcher de vouloir comprendre ce qui lui arrivait. On ne pouvait décemment pas vouloir lui faire du mal à, elle.
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Message  La Chèvre Noire le Mar 18 Déc - 10:55

Le troll s'était détourné et s'apprêtait à remonter le couloir en spirale. La voix de la petite prêtresse l'arrête net. Il se retourne. L'incrédulité sur sa face grossière est presque aussi comique que ses ronchonnades d'avant sur l'état du matériel. On n'a jamais du lui poser ce genre de questions. Pas le "où on est" ou le "qu'est-ce que j'ai fait de mal", non. Ca c'est plutôt classique. La dernière question, surtout.

"Je suis censée tenir à quoi ?"

Celle-là.

Le geôlier reste les bras ballants et la lippe pendante, et fixe le petit visage souriant. Ca doit être le sourire qui l'achève. Il éclate d'un grand rire tonitruant, très différent du grondement râpeux émis juste avant. Ca c'est un rire franc, plein d'une joie de gosse. Un gosse de 200 kilos, vert et taillé comme un rocher, mais un gosse quand même.

- Ah ben toi alors, t'es quelque chose, Perce-Neige ! Pour un peu j'te recommanderais comme bouffon de la Chèvre ! C'est presque dommage, tiens !

Il s'essuie un oeil de son gros doigt dégoûtant, toujours hilare.

- Ah ben... C'est pas de chance, tu serais moche y'aurait moyen mais là, t'y couperas pas. Et quand ils s'y seront mis à quatre ou cinq et qu'ils t'auront bourré la fente à te l'ouvrir jusqu'au menton, c'est sûr que t'auras moins envie de dire des trucs marrants. Rhââ quel gâchis...

Et finalement il se détourne pour de bon et s'éloigne en rigolant toujours, se répétant la question qu'il a trouvée si drôle. Et à laquelle, d'ailleurs, il n'a pas répondu.
Pas directement, du moins.

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Message  Luvinia le Mar 18 Déc - 11:44

Son rire gronde avec une telle force qu'il parait des plus inapproprié en ces lieux. Il y a définitivement quelque chose qui ne va pas ici. Elle n'avait pas vraiment compris ce qu'il avait raconté. Quoi qu'elle n'avait rien contre le fait d'aller dire des blagues à une biquette, mais son instinct lui disait que ça n'était pas forcément une proposition plaisante. Une chèvre cannibale sans doute. Ou avec aucun sens de l'humour. Ou peut être que ce n'était pas vraiment une chèvre mais une personne ou un instrument de torture?

Parce que là oui, quand même, il fallait le dire. Le tout sentait la torture à plein nez. Et en plus si ils avaient besoin d'être à quatre ou cinq pour activer la chose en question, c'était clair qu'elle n'allait pas tenir longtemps. Par contre elle ne voyait pas trop le rapport avec le fait d'être moche....

La prêtresse s'éloigna du mur, reprenant une position repliée qui lui permettait d'être le plus loin possible à la fois des barreaux et des parois suintantes de la pièce. Réfléchissait l'occupait, l'empêchant de céder à la panique face à l'inconnu. Elle construisit peu à peu sa théorie...

Si ça se trouve, la chèvre était une femme des plus laide, qui jalousait les elfes pour leur beauté naturelle. Et elle demandait à ses larbins d'aller chopper des gamines elfes dans tous les coins afin de les défigurer et se sentir un peu moins seule. D'où l'histoire avec le menton du coup. Mais pourquoi aussi nombreux? Il ne fallait pas être autant pour larder quelqu'un de coup de couteaux au visage quand même, si ? A moins que les créatures soient particulièrement obtus... Du coup il vaut mieux prévoir en nombre au cas où elles se battent les unes avec les autres plutôt que d'obéir. La chèvre devait être au moins une disciple de Tanédhel. Rien que le fait que ses exécutant soient des créatures verdâtres en disait long.... Peu d'intelligence, grande force et mauvaise peau.

La médisance de ses pensées ne parvenaient pas à calmer son angoisse, mais suffisait à la lui dissimuler quelques peu, à s'extraire de sa cage. Elle en avait oublié, pour quelque temps, son choix de se donner la mort. A dire vrai, elle manquait d'idée. Il y avait bien la possibilité de cesser de respirer mais quelque chose lui disait qu'un instinct de survie grégaire l'empêcherait de se maintenir jusqu'au bout.

A défaut d'autre chose, elle ne fit rien, tentant avec un maigre succès de ne plus entendre les bruits autour. Malheureusement elle avait une bonne ouïe, et l'apaisement ne vint pas. Elle passa donc son temps la tête sur ses genoux, concentrée sur le mouvement de sa respiration. Elle laissait s’égrainer les minutes, en espérant qu'à un moment donné elle aurait l'idée du siècle pour sortir d'ici. Ou qu'on se rendrait compte que finalement, elle n'avait pas sa place dans la cage....
C'est beau de rêver.
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Re: Luvinia

Message  La Chèvre Noire le Mer 26 Déc - 11:14

Clameurs, silences, échos lointains.
Avec la vraie venue du jour les esprits se calment dans les geôles. La lumière dans le puits est comme un peu d'eau fade et tiède sur la langue de l'assoiffé. Juste un peu, pas assez pour la satiété, mais assez pour tenir jusqu'à la prochaine nuit...

Il y a des pas et des mouvements, mais rien ne passe devant la cellule de Luvinia, à part un convoi d'enchaînés qui tintent lourdement leur désespoir et leur mort en sursis. Des heures s'écoulent, et dans sa tentative pour en entendre le moins possible, Luvinia ne réalise pas qu'elle a dormi, une heure ici, deux heures là... Et quand elle reprend pleinement conscience d'où elle est et de qui elle est, le jour a commencé à s'assombrir, et son estomac grogne.
Et des pas résonnent dans le couloir en spirale.
Des pas, des grognements.
Des rires épais.

- Alors, c'est par ici qu'elle est, ta fleurette ? Tu crois pas qu'elle est fanée déjà, après une journée sans flotte ?

Et ça rigole, et ça grogne, et ça glousse.
Et ça se rapproche.

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Re: Luvinia

Message  Luvinia le Dim 30 Déc - 7:56

Des pas, des voix. Et un raclement de métal contre le métal et la pierre. Luvinia est un peu hébété. A un moment donné elle a perdu le fil, celui de ses battements comme celui du temps. Et celui-ci en avait probablement profité pour s'enfuir très vite et très loin, parce qu'elle était toute fourbue, quand le raclement se fit entendre. Elle releva la tête rapidement, provoquant une petite douleur dans sa nuque.

Dans sa cellule, une créature au teint qui faisait presque trop lumineux par rapport à l'obscurité qu'elle avait pu embrasser jusqu'à lors. De l'autre côté de la grille, d'autres êtres du même sang.Ils faisaient beaucoup trop de bruit... Vaguement, elle se souvient de ce qu'on lui a dit. Que le geôlier venu récupérer son broc espérais qu'ils pourraient regarder. Elle fixa le groupe sans parvenir à le reconnaitre et reporta son attention sur celui qui était le plus proche. Son visage avait une expression qu'elle ne comprenait pas. Ses yeux étaient sur elle d'une façon qui lui déplaisait, comme si il pouvait en sentir physiquement le contact.

Luvinia déplia ses jambes, en grimaçant. Elle était plus qu'endolorie et sentait que son corps obéissait difficilement. Pourtant elle n'avait pas envie de rester au sol, pas envie qu'ils continuent à baisser la tête sur elle. Qu'elle doive la relever autant pour les voir... A tâton elle chercha le mur le plus proche pour s'aider à se mettre debout. Ses jambes tremblèrent et la tête lui tourna. Elle prit véritablement conscience qu'il avait pu se passer du temps. Elle avait faim, elle avait mal et ne tremblait pas seulement d'avoir été dans une mauvaise position. Elle tenta d'ouvrir la bouche pour parler. Visiblement, elle avait soif, aussi... Une main a plat contre le mur moite, elle se maintenait debout. Son regard passa de l'être le plus proche à l'attroupement à l'extérieur. Elle se sentait détachée sans bien savoir pourquoi. Son coeur à un moment donné avait dû cessé de pulser sa peur. Parce qu'il faut avoir de la force pour cela, et qu'elle n'avait pas bien envie d'en dilapider pour cela. Tout ce qui se passait était incompréhensible. Il n'y avait aucune raison pour qu'elle doive se retrouver en ces lieux, face à ces brutes sans savoir pourquoi. Pourtant, elle y était. Sans maitrise, pourquoi lutter? Lorsque le courant vous emporte autant ne pas chercher à se battre contre lui? En tout cas la dernière fois qu'elle avait essayé, elle avait échappé de peu à la noyade. Alors.... Elle inspira puis salua de la tête les personnes en présence.

' Bonjour. Ou bonsoir... J'imagine que c'est maintenant que je vais savoir à quoi je dois tenir...”

Elle fit la moue.

“ Est-ce qu'un point sur les raisons de ma présence ici est prévu à votre programme? Parce que j'avoue que ça m'intéresse. Ah et puis, votre chèvre, c'est un vrai animal ou une personne à l'apparence disgracieuse?”


Et son coeur qui recommençait à battre un peu trop vite et un peu trop fort... Finalement, elle avait encore de la force pour ça. Pour ça, et ne pas laisser ses jambes céder sous son poids. Ça ne ferait pas sérieux quand même
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Re: Luvinia

Message  Shagwell the Fool le Sam 5 Jan - 5:22

Les bruits de couloir c'est fait pour tomber dans les oreilles pointues des felys. Et celui-là manquait d'occupation quand le bruit se mit à courir parmi les murmures qu'une elfe, blanche comme une oie et naïve comme une cruche, était prisonnière dans les geôles. Et le petit bruit que fît cette nouvelle lui fit vibrer le tympan, au fauve, semblable au craquement sec que fait la carapace d'un insecte quand elle éclate sous la trop forte pression des doigts. Elle lui procura même une certaine chaleur dans le bas-ventre qu'il avait, on peut bien le dire, piquant. Et celui-là, mercenaire cruel et joueur impénitent, était assez fourbe, assez facétieux mais surtout assez fou pour saccager avant l'heure, sans trop l’abîmer pourtant, la proie de l'un de ses compagnons avant même qu'il y touche. Par pur goût du risque. Par pur esprit de conquête. Surtout si elle appartenait à Urswyck, cet elfe arrogant bien trop filandreux et acerbe à son goût. Et à défaut de jouter avec celui-là, bien trop habile dans le maniement du verbe, il saurait bien lui faire quelques saloperies en douce qui passeraient à l'as puisque les coupables étaient tout trouvés. La bande de crétins qui se dirigeaient vers la cellule de l'elfe, riant grassement tout en se promettant déjà quelques galipettes juteuses avec la demoiselle, tombait à pic. Ils seraient son bouc émissaire, son cache-misère et il les sacrifierait d'un pieu mensonge sans aucun remords. Il faut ce qu'il faut pour sustenter Monsieur Minet et tromper son ennuie. Et sa marotte, son dada, son vice, son obsession, ce n'était pas l’amputation, les poisons, les rixes ni la vivisection, pas même le viol dont il usait pourtant parfois s'il servait ses desseins, non, tout cela était d'un convenu! Ce qui éveillait sa curiosité et lui offrait mille sources de plaisir, c'était la terreur qu'il lisait dans les yeux de sa victime qu'il torturait jusqu'à ce que sa raison cède.

Un fou réussit est un fou contagieux et Shagwell était un maître en la matière.

Balançant au bout d'une anse un cube recouvert d'une toile noire d'où s'échappait un couinement craintif, le bouffon en livrée dépassa la bande d'olibrius qui palabraient encore, leur signifia qu'ils pouvaient prendre congé pour le moment et se posta devant la porte de la cellule. Il jugea inutile de répondre à l'elfe qui pépiait tandis qu'il glissait lentement la clé dans la serrure comme il aurait enfoncé son doigt dans le miel, le regard luisant d'avidité.
Il se glissa à l'intérieur, ombre parmi les ombres, faisant tinter ses grelots au rythme des palpitations de son coeur et fit claquer la porte dont le bruit mat résonna longtemps dans les couloirs. Le silence revenu, il enfila la clé soigneusement dans le trou, donna deux tours, faisant grincer le mécanisme et poussa un gros soupir de satisfaction suivit d'un ignoble bruit de succion.
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Re: Luvinia

Message  Luvinia le Sam 5 Jan - 11:41

Et des questions sans réponses. Car un nouveau personnage s'avance. Il semble avoir une certaine autorité sur la meute des hommes qui s'écarte à son passage. La prêtresse ne comprend pas bien ce qui se passe. Mais lorsqu'elle voit la créature qui était dans sa cellule refluer, elle pousse un léger soupir de soulagement, en fermant les yeux. Finalement il y a encore un peu de raison dans ce monde, et quelqu'un de compétent, bien que d'une race différente à la sienne vu sa pilosité, avait fini par mettre son grain de sel dans tout ça. On allait sûrement lui présenter des excuses et la reconduire à la sortie. Voilà.

La porte se ferme dans un bruit sourd. La prêtresse déglutit. Bon, peut être qu'il est maniaque et que ça le rassure que les portes soient fermées... Ou c'est pour s'assurer que ça ne claque pas, à cause des... courants d'airs. Quelque chose comme ça.

Et la clé crisse dans la serrure, pour un tour puis deux. A quel moment Luvinia a-t-elle commencé à blêmir, elle ne le sais pas trop. Simplement ce bruit de serrure, ce soupir, et cet autre son qui sort de sa bouche sont vraiment trop... Trop. Elle ne voit pas quel intérêt à cette personne de s'enfermer ainsi avec elle. Veut-elle qu'ils ne puissent plus sortir, ou que les créatures ne puissent plus rentrer?

Luvinia l'observe plus globalement, embrassant du regard son vêtement qu'elle pense avoir déjà vu. En taverne peut-être? Il semble avoir de curieux goûts vestimentaires... Même son profil lui dit quelque chose. Son regard s'est déjà posé sur des êtres de cette race ces derniers mois, que l'on nomme félys. Sa tante lui en avait parlé aussi... Apparemment ils étaient esclaves et s'étaient affranchis de leurs maitres, devenant un peuple libre mais marqué par la rancoeur et la colère dans leurs gènes. Des créatures instables. Il paraissait même que nombre d'entre eux se tournaient vers le vol et la filouterie pour vivre, plutôt que de se trouver une activité honnête et plus laborieuse. Mais lui n'avait pas l'apparence d'un brigand... Peut être était il toujours un esclave? Cela pourrait au moins expliquer pourquoi il acceptait de subir une telle tenue. Luvinia n'était guère sûre, et se devait de ménager au mieux la susceptibilité de cette personne. Après tout elle était peut être vraiment là pour la faire sortir?

" Humm excusez-moi, monsieur... Etes-vous un serviteur? M'apportez-vous une quelconque information concernant ma présence en ces lieux?"

Bien qu'une certaine angoisse alourdissait ses pensées du fait de l'apparence comme de l'attitude de la créature, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir un espoir que la fin de son confinement soit proche.
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Message  Shagwell the Fool le Ven 11 Jan - 3:53

Elle prend une légère inspiration et, sa voix grelotte.
Il a le rire mauvais, une voix rauque qui monte dans les aigus à chaque inflexion.


" Ne commence pas ce petit intermède par une phrase malheureuse dont le but totalement idiot voire inepte serait de me faire croire que tu es assez maligne, que tu aurais assez de jugeote sous ces grandes oreilles pointues qui singent si disgracieusement les miennes, pour savoir quel est le rang et la fonction de chacun des bonshommes qui traversent cette taule, il pourrait t'en coûter.
Les felys sont susceptibles sur ces questions là et ils n'aiment pas qu'on les mettent dans des boîtes à penser. Alors, on va faire comme si je n'avais rien entendu.
Pour cette fois.
Et nous allons bien nous amuser tous les deux.
Nous allons nous rencontrer, nous cajoler, nous prouver notre mutuel intérêt.
Je suis un.... Un amuseur.
Un trublion.
Un trompéteur de fariboles.
Un assassin du mot.
Un ravageur de cervelle.
Un emmêleur de langue.
Un raboteur d'esprit.
Un beau chat soyeusement plié dans sa fraise, lové dans le velours bouffant, qui te distillera, peut-être, si tu es chattonnante avec lui, quelques informations.
Vois-tu j'ai, avec mon flûtiaux, attiré le raton ci-dessous dans sa demeure qu'il ronge. Mais depuis quelques jours il s'ennuie, il dépérit.
Je sais qu'il perd le goût de me distraire et je serai si... mortifié de devoir le dévorer pour le punir de ses mauvaises grâces. Que.
Je me suis dit qu'une cocotte aussi fleurie que toi pouvait lui rendre l'appétit en lui chantant berceuse ou chansonnette drolatique car, on dit chez moi que les elfes ont une belle voix stridante, aussi envoûtante que le pipeau du chat.
Tu comprends hein oui tu sais ce que c'est la mélancolie du rat.
Tu comprends ce que je te demande oui, à museau-nez collé-serré chuchoter à la bête le soupir de la vie.
Ce serait mauvais aloi décevoir le greffier rutilant qui te fait cette visite distrayante."


Il s'approche, s'infiltrant comme l'eau dans les murs, reniflant l'odeur âcre de la nuque, les pupilles dilatées dans le sang injecté du reste blanc, scrutant la figure craintive.

Et il est si près, si dangereusement proche, qu'il lui chatouille les joues de ses longues vibrisses.


"Tu joues. Tu le dis."


Aussi immobile qu'une statue il l'écoute respirer, à l'affût du moindre de signe de faiblesse et de découragement.
La petite elfe il la sent fébrile, délicieusement innocente, si vierge de toute corruption...

Il pose le cube sur le sol à ses pieds.
L'étoffe qui le recouvre étouffe le bruit qu'il aurait pu faire en touchant le sol de la geôle.


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Message  Luvinia le Jeu 17 Jan - 21:49

Tenter de ménager les susceptibilités? Cuisant échec. Mais les conséquences ne semblent pas désastreuses, sinon qu'elle a dû suivre un monologue, qu'elle aurait bien voulu pouvoir entendre une seconde fois, pour saisir chacun des "je suis" qu'il avait prononcé. Luvinia préféra même éviter de s'excuser, de crainte de rajouter une erreur sur une faute déjà pardonnée. Etait-ce une sorte de saltimbanque? Ce qui est sûr c'est qu'elle ne poserait pas la question, cette fois. Apparemment, le chat se baladait avec une souris qu'il avait capturé, et menaçait de la croquer si jamais elle ne réussissait pas à lui remonter un peu le moral. Drôle de mission... Elle s'abstint de préciser que pour sortir sa créature de sa mélancolie le mieux était encore de la libérer. Franchement les gens d'ici doivent avoir un sérieux problème avec le principe de la séparation...

En parlant de séparation, là il serait peut être temps de s'y mettre. Le félys s'est rapproché d'elle mettant en place une proximité qu'elle n'a pas l'habitude d'avoir avec qui que ce soit. Alors un félys étranger... Elle se retient de bondir en arrière ou de repousser sa tête pour échapper au frôlement des moustaches de son interlocuteur. Il le prendrait sans doute très mal... Pourtant elle ne peut rien faire contre son corps qui se crispe et les émotions qui transparaissent, qui suintent... Peur et malaise, le coeur qui s'enflamme... Elle a besoin de plusieurs secondes pour changer de focale, essayer d'ignorer la créature qui, bien que proche, n'a pas l'air de lui vouloir de mal. Veiller à ce que ses prochains mots ne soient pas un borborygme étranglé...

La boite était au sol, posée sans bruit et un tissu noir en couvrait le contenu. Pauvre chose... Chanter pour un rat afin d'obtenir les grâces d'un félys au comportement curieux? Pourquoi pas. A défaut, elle pouvait rendre ce service à la créature enfermée.

Son regard passa de la boite à la créature curieusement vêtue. Elle hocha la tête, apaisant ses muscles, se décrispant. Chanter demandait d'être au maximum détendue...

" Je vais chanter pour votre rat, messire félys."

C'est à ce moment là qu'elle perçu qu'il y avait un ou deux légers problèmes. D'abord, on chante quoi à un rat en cage pour le motiver? Il fallait absolument qu'elle trouve une idée... Ensuite... Sa voix était sortie de sa bouche d'une façon bien étrange, comme dans un raclement. Parce qu'elle n'avait que peu parler ces temps-ci? Non... Elle prit quelques secondes pour écouter son corps plus que la peur qui le travaillait. Il y avait un peu de froid, de faim mais surtout de soif... Chanter avec la gorge sèche, un sacré défi... Le résultat risquait de ne pas être terrible.... Et la prêtresse n'aimait pas bâcler. Elle se mit à laisser quelques notes grandir dans sa gorge. La vibration produite fut des plus désagréable. Elle toussa.
Luvinia posa sur le félys un regard légèrement inquiet.

" Hum... Messire?.... Figurez-vous que j'ai, humm je n'ai pas eu accès à de l'eau depuis... trop longtemps pour ma gorge je crois... Et enfin... Chanter est difficile avec la gorge sèche. Serait-il possible d'avoir un verre d'eau? Si je chante en l'état le contenu ne sera agréable pour aucune de nos oreilles, je le crains..."


Elle prit un air un peu penaud. Elle espérait qu'il n'aurait pas vent de l'histoire du broc défoncé...

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Message  Shagwell the Fool le Lun 28 Jan - 5:47

Son corps est plein de hoquets et de soubresauts.

L'émotion.

L'émotion, divine maîtresse! Marionnettiste des belles âmes.

Elle tente une ou deux notes mais la voix râpeuse s'exténue en deux expirations courtes, empêchée par la peur qui lui serre la gorge et qui filtre les sons pour ne laisser passer qu'un maigre pépiement de moineau suffoqué par le scarabée bloqué dans son minuscule gosier.
Une quinte de toux achève le mélo plein de cette volonté propre aux victimes encore portées par une vaine espérance et qui tentent dans un dernier effort d'attendrir leurs bourreaux.
Ou de ces amateurs de romance qu'une timidité maladive, associée à une pudeur touchante, empêche de clamer leurs vers comme le feraient des acteurs faits devant un parterre presque désert.

Son regard brumeux, elle l'offre, hésitante, n'osant pas entrer dans le puits sans fond des yeux du bouffon.
Et réclame de sa petite voix fluette de l'eau ! La voilà bien audacieuse.
Elle lui donne du messire, et il s'en satisfait bien que n'étant pas dupe le moins du monde de cette politesse parfaitement incongrue entre ces quatre murs couverts de sanies.
Mais il a du plaisir à se faire nommer ainsi. D'ailleurs il en ronronne de satisfaction. Un ronronnement lourd et profond entrecoupé de vibrations métalliques figurant une sorte de grondement.

Elle a prit des libertés, tenté d'instituer les règles en prenant les devants alors qu'elle ne sait pas encore à quel jeu elle doit jouer avec le chat, et le chat n'aime pas qu'on devance ses désirs.
Et les chats n'aiment pas l'eau.


« Tu chantes si loin de ton interlocuteur ? Tu chantes sans adresser ton chant ?
Je ne t'ai pas dit de commencer. Et tu n'as pas besoin de te rafraîchir le gosier pour délier ton sifflet."
 
lui murmure-il à l'oreille.

Et d'un bras au maintien de marquis, il la saisit par la main et la fait virevolter, comme si elle était son assistante, avant de la saisir à la taille avec souplesse mais avec une assurance si brutale qu'elle n'autoriserait nulle rebuffade. Et d'un geste sûr la dépose à plat dos contre le mur et, prestidigitateur, il dévoile sans rien en montrer sa boîte à mystère, l'élève au dessus de la tête de l'elfe laissant froufrouter le linge noir qui la recouvre le faisant glisser autour de sa tête comme un sac.

« Il est des rencontres qui ne se font qu'avec le plus étrange des mystères.
Où les espèces entrent en symbiose.»


Lui soufflet-il, enjôleur, glissant sa main derrière sa nuque pour l'offrir aux barreaux d'acier de la cage dissimulée sous le drap et qui épouse maintenant la forme de son visage, la contraignant du poids de son corps à l'immobilité, l'écrasant contre le mur de la geôle pour sangler derrière son crâne l'affreux appendice emprisonnant un rat qui se jette sur sa figure blanche, simplement séparé d'elle par une minuscule grille au maillage serré que l'on peut extraire par le sommet.

« Maintenant que vous voilà présentés, tu peux lui chanter ta romance. »

Minauda-t-il, arrachant dans un geste grandiloquent le drap qui dissimulait encore la laideur de son hôte.
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Message  Luvinia le Dim 10 Fév - 10:35

Quel bruit horrible que le ronronnement de ce chat! Qui aurait cru que ces créatures ronronnaient bien, d'ailleurs? Quel plaisir, quelle satisfaction avait-elle bien pu lui offrir pour générer cette réponse-là... Mais il n'y a guère plus de temps pour s'en préoccuper. Car les mots tombent secs comme un couperet, et toujours aussi proche d'elle. Quelle que soit cette personne; ce qui est sûr c'est qu'elle n'est pas très sympathique. Et accessoirement qu'elle fait peur.

Accessoire... Elle virevolte dans ses mains comme si elle en était un. Une poupée, une marionnette, un objet inanimé... Tout va trop vite? Trop fort. Elle a l'impression que si elle se refuse, les coups vont pleuvoir. Et pourtant elle n'a jamais été battue. Il y a le mur poisseux qu'elle a tenté d'éviter tant qu'elle le pouvait, et puis le noir. Ce noir horrible et puant qui la rend muette, lui tire les larmes des yeux. Il parle? Elle n'entends plus. Son corps est raidit d'angoisse et il n'y a que dans sa tête qu'elle hurle.

Luvinia perd pied, les sens saturés. Elle cherche au fond d'elle-même un espoir, un je-ne-sais-quoi de rationnel. Mais il n'y a rien. Rien depuis sont réveil qui le soit. Rien qu'elle puisse avoir fait justifiant de l'amener là. Rien... ou presque. Dans le noir, il y a la flamme vacillante d'une foi naissante. Une statue, un temple qu'elle a à peine foulé. Une raison de vivre, de lutter, d'avancer. La foi....

Alors, le piège se ressert, et quelque chose de dur entre en contact avec sa peau. Quelque chose qui ne devrait pas. Raclements et couinements lui font comprendre ce qu'elle ne veut pas savoir. La cage du rat est contre son visage.... Elle serre les yeux plus fort encore, couine, se retient de paniquer de crainte que la bête ne s'en prenne à elle d'une façon où d'une autre. Le noir est oppressant, l'étouffe. De tout son coeur elle se tourne vers cette foi. Cette foi qui aurait guidé son mentor dans ses actions. Qu'aurait-elle fait? Elle aurait prié sa Déesse et cessé de respirer. La mort plutôt que de se laisser dominer, la foi contre l'absurdité. Oui mais voilà.... Elle n'avait pas eu le courage de cela. Et la prêtresse avait beau songer à sa Déesse, elle ne parvenait pas à atteindre quoi que ce soit. Et la petite flamme dansa, faiblit... Et s'éteignit. Ne restait que le noir....

Le noir? Le visage de sa tante s'imposa à elle, comme un flash. Sa vie n'était que nuit. Et elle qu'aurait-elle fait dans ce cas-là? Séduit, empoisonné, menti, flatté? Oui. Gagné du temps pour permettre à ses proches, à quelqu'un de venir. Parce que quelqu'un serait venu, forcément. Quelqu'un se serait inquiété de ne pas la voir revenir... Ou Cendre aurait assisté à l'enlèvement et serait allée prévenir du monde. Elle songea à Rouille, son hermine qui avait choisit de ne pas l'accompagner. Il préférait la quiétude et la propreté des jardins Ehlonniens à elle. Il n'y avait rien. Il n'y avait personne.

Faux.

Il y avait le rat.

Comme dans un mauvais spectacle, le rideau se leva d'un coup dévoilant toute l'horreur, et l'origine de la puanteur. A dire vrai, elle n'en vit pas grand chose, préférant refermer immédiatement les yeux. Une grille était là, entre deux. Elle penche la tête vers le bas, comme si cela pouvait éloigner l'animal d'elle. Ses jambes flagellent et ne la tiennent plus, ses mains s'agrippant au mur poisseux... Et il n'y a rien d'autre que le rat et le chat, et elle. Et peut être la masse des verdâtres qui observe. Elle a oublié leur existence depuis longtemps. Elle gémit, suffoque presque mais n'ose pas ouvrir la bouche. La tête penchée, ses larmes gouttent sur les barreaux et tombent en direction de l'animal. Elle sait qu'elle est la seule qui peut se sortir de là. Il suffit de chanter apparemment... C'est sûrement stupide, mais elle ne veut plus. Elle ne croit plus à ça, qu'après quelques notes il lui enlèvera la cage, lui fera une gentille accolade et repartira. Jusqu'à... Quand?

Sa lèvre tressautait, elle tremblait, les larmes coulant toujours. Pourtant quand elle parla, entre ses dents et avec difficultés, ce ne fut pas tant la peur qu'une sorte de révolte qui perçait.

" Vous êtes une mauvaise personne, messire. Vous êtes entré avec l'intention de me faire mal quoi que je fasse et vous n'attendez que ça. Je ne chanterai pas. Vous ne méritez pas de m'entendre. "

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Message  Shagwell the Fool le Ven 15 Fév - 10:45

"Mal... c'est très mal ce que tu dis. Je ne suis pas une mauvaise personne. Je suis un génie du mal. Un artiste ! C'est que l'art ne consiste pas à tuer beaucoup, à égorger, massacrer, exterminer, en bloc. C'est trop facile, vraiment. L'art, jeune péronnelle, consiste à savoir tuer, selon des rites de beauté dont nous autres Compaings connaissons seuls le secret divin. Divin secret ! Savoir tuer ! Rien n'est plus rare, et tout est là. Savoir tuer !
Le strict équivalent de savoir aimer.
C'est à dire travailler la chair comme un sculpteur sa glaise ou son morceau d'ivoire, son marbre. En tirer toute la somme, tous les miracles de souffrance qu'elle recèle au fond de ses ténèbres et de ses mystères. Voilà ! Il y faut de la science, de la variété, de l’élégance, de l'invention, du charme, du génie enfin ! Mais tout se perd sur ces terres.
Il n'y a qu'ici, au château des Murmures, où elles sont conservées tant bien que mal. Où nous essayons du moins de les maintenir tant bien que mal. Que de difficultés ! Que d'entraves ! Que de luttes continuelles si tu savais ! Hélas je sens que ce n'est plus pour longtemps, nous sommes vaincus par les médiocres, les barbares, les amateurs ! C'est l'esprit pragmatique qui triomphe partout ! La paresse !"


Sa face a une étrange expression de mélancolie et d'orgueil, en même temps que ses geste révèlent une profonde lassitude qu'elle ne voit pas.

"Et pourtant moi qui te parle, belle colombe, je ne suis pas le premier venu. J'ai toujours été et de beaucoup, le premier dans les concours de tortures, et je ne suis même pas son bras droit. Non ça c'est bon pour les grandeurs frigides d'elfes ! Les obséquieux ! C'est mal payé. J'ai inventé des choses véritablement sublimes, d'admirables supplices qui dans un autre temps m'auraient valu la fortune et l'immortalité. Eh bien, c'est à peine si l'on fait attention à moi. Je ne suis pas compris. Disons le mot, on me méprise. Que veux-tu ? Aujourd'hui mon génie ne compte pour rien. Personne n'y accorde le moindre mérite. Comme si c'était acquit. Normal ! Un due même ! C'est décourageant, je t’assure ! Pauvre Sarwyen, jadis si artiste, si grandement illustre ! Je crois bien que ces terres sont aujourd'hui mûre pour la conquête !"

D'un geste pessimiste et navré, il prend l'elfe à témoin de cette décadence, et ses mimiques ont quelque chose d'intraduisible.

« Enfin c'est à pleurer ma douce ! C'est moi qui ai inventé cela. Que les dieux me rongent le foie et me tordent les testicules, si ce n'est moi qui ait inventé ce supplice du rat ! Un supplice extraordinaire, tu verras, je te le jure.
Originalité, pittoresque, psychologie, science de la douleur, il a tout pour lui.
Et par dessus le marché il est infiniment comique.
Il s'inspire de cette vieille gaieté des bourreaux d'antan, si fort oubliée de nos jours.
Ah ! Comme il a excité ma verve ! Quelle ressource pour les conversations plaisantes !
Et bien personne n'en a voulut.
Je suis le seul à la pratiquer.
Et je vais te le décrire. Et je vais te l'expliquer, et tu jugeras dans ta chair des grandeurs qu'il contient."

Et d'un mouvement sec, il l'oblige à s'agenouiller et à redresser la tête. Tenant la cage droite entre ses griffes et son visage encerclé.

« Vois tu ce petit compagnon je l'ai affamé pendant deux jours, c'est bien assez pour le rendre brutal et vif et exciter sa férocité. Et cette cage où il habite depuis ces deux jours je l'ai appliqué hermétiquement, comme une énorme ventouse, sur ton visage au moyen de solides courroies, qui entourent ton crâne. »

Il la regarde, malicieusement, du coin de ses paupières rabattues, afin de juger de l'effet que ses paroles produisent sur elle.


« Et maintenant que tu ne veux pas lui chanter une douce berceuse qui aurait retardé le moment du calvaire puisqu'il m'aurait peut-être endormi, je vais introduire, dans ce trou, précisément, à l'arrière de la cage, devines quoi ? »

Il se lèche la lèvre, sourit affreusement, minaudant.

« Une tige de fer pointue.
Et quand la tige sera introduite que se produira-t-il ?
Imagines ce qu'il va se passer.
Tu ne devines pas bécasse je le vois bien.
J'introduis donc dans le trou la tige et je pique. Très fort, la première fois, pour bien marqué son esprit, après, je n'en aurais presque plus besoin. Le rat a une excellente mémoire. Il s'affole, cabriole, saute et bondit, tourne sur les barreaux de la cage, rampe et galope sur ton visage, qu'il chatouille d'abord et qu'ensuite il déchire de ses pattes, et mord de ses dents aiguë cherchant une issue, à travers tes chairs fouillées et sanglantes.
Mais, mmmaaais! car il y a un mais..... il n'y a pas d'issue... ou, du moins dans les premières minutes de l'affolement, le rat ne trouve pas d'issue.
Et la tige de fer, manœuvrée avec habileté et lenteur, se rapproche à nouveau, le menace, et lui fait saigner le cul. »


Joignant le geste à la parole, l'ignoble bouffon rouge enlève le grillage qui sépare la belle de la bête. Qui la soumet à un premier assaut de griffes agressif.

« Que dis-tu de ce prélude ? Dois-je enfiler la tige maintenant ou vas-tu chanter pour calmer notre petit ami qui est soudainement aussi agité que mon esprit chagrin ?  Où préfères-tu que je te conte d'abord la suite ?»

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Re: Luvinia

Message  Urswyck le Sam 16 Fév - 3:25


- Garde tes contes pour les rats. D'autres rats.

Et subitement, ce rat-là se transforme en petit tas fumant, inerte, pestilentiel. Inoffensif.
Une seule fraction de seconde après que se soit élevée la voix glaciale et coupante, à l'entrée de la cellule.

- Sors. Maintenant.

Sous la glace, une furie rougeoyante, une explosion latente, un danger mortel.

Puis un silence pesant et immobile, glacial à nouveau.
La silhouette appuyée contre le montant de la grille ouverte, faussement nonchalante, ombre mince dessinée par les lueurs du couloir derrière elle, Luvinia peut ne pas la reconnaître, mais Shagwell, lui, la reconnaîtra. Et saura qu'il ne l'a jamais vue à ce point tendue, ni perçu dans sa voix autant de véritable colère, pour une fois non dissimulée.

Le brasillement dans les prunelles, la seule lueur à percer l'ombre. Menace directe, promesse de représailles, douloureuses et lentes.

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Re: Luvinia

Message  Shagwell the Fool le Sam 16 Fév - 4:15

Et le flamboyant minet sursaute, aveuglé par la lumière vive qui remplit brusquement la geôle et ne laisse, quand elle s'estompe, qu'un petit tas de cendre dans la cage du raton. Surpris, il le dissimule, transformant son sursaut en petits pas chassés ridicules, bondissant jusqu'à l'elfe dont la maigre silhouette se dessine contre le montant de la porte. Privé de dessert, frustré au dernier degré mais suffisamment vaniteux pour ne rien en montrer, l'affreux trublion s'efforce de lui offrir le sourire le plus hypocrite, le plus agaçant, le plus infatué qu'il lui soit donné d'adresser à un supérieur hiérarchique aussi détestable et détesté qu'Urswyck.
Il s'approche.
A pas feutré.
A pas cadencé.
Sifflant entre ses crocs une petite rengaine, dissimulant sa crainte avant de passer la porte en frôlant l'acolyte et de lui cracher salement,
doucereusement, ses adieux.


" Oh pardonnez le désordre Votre Loyale Grandeur, j'ai a peine eut le temps de jouer les boute-en-train pour réchauffer le petit corps de cette délicate personne serrée par vos soins et que vous avez si ignoblement laissée croupir dans les geôles.
C'eût été gâcher la viande.
J'espère que vous la trouverez attendrie et davantage à votre goût, bien qu'il soit à peine pensable, pour un pauvre erre tel que moi, que vous ayez jeté votre dévolu sur une gourde aussi peu sensible aux raffinements du Grand Art et dont la niaiserie, totalement obtuse, ne distille qu'une douleur frelatée qui ne saurait qu'offusquer une aussi brillante intelligence que celle de Votre Insigne Cruauté.
Salutations. "



Il fait une révérence gauche, projetant une ombre tordue dans le couloir, s'éclipsant d'un bond et, savourant en secret sa trahison.

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Re: Luvinia

Message  Luvinia le Lun 18 Fév - 11:34

Y avait-il de la colère dans son discours? Elle ne saurait le dire. Une part d'elle se trouva à le plaindre, presque à compatir. Jusqu'à ce qu'il répète souvent, trop souvent l'idée de souffrance et de torture. Il en avait même réussit, pendant quelques instants à lui faire oublier le rat. Ce qui était quand même beaucoup dire étant donné que l'animal se baladait juste sous son visage. Et ses genoux heurtèrent le sol. La prêtresse ne pouvait toujours rien faire, son corps obéissait au félys et non plus à elle... Brutalement, son échappatoire auditif pris fin; son compagnon de cellule semblait avoir besoin d'exprimer tout son génie en lui expliquant le fonctionnement de son appareil. Ce qui, il faut bien l'avouer, elle n'avait aucun désir de connaitre.

Alors elle recommença à avoir peur. Comme si ce n'était pas déjà assez difficilement supportable, il fallait en plus qu'elle sache ce qui allait lui arriver. Ce n'est pas tant qu'elle tenait à son visage mais plutôt que la perspective de se le faire dévorer par petites touches par un rat affamé et stressé n'avait rien de très attrayant. Luvinia visualisait la chose avec appréhension. Quelle solution avait-elle? Chanter? Il lui avait confirmé que ce n'était pas là une façon d'éviter le pire mais de repousser l'inévitable.... A choisir, quitte à mourir autant que ça vienne vite. Se débarrasser du rat? Elle regrettait ce baume pour les lèvres qui contenait un somnifère et qu'elle avait mis une fois. Avant d'oublier sa présence et de se faire avoir elle-même...

Et le mouvement de grille la sort de sa rêverie. L'animal est là, piqué, stressé et fait ce qu'on attend de lui. Luvinia se demande si il faut vraiment qu'elle fasse ce que le félys attends d'elle... Chanter? Maintenant... ouvrir la bouche et... Non. L'image de la bête s'insinuant entre ses dents, pensant y trouver une sortie, s'imposa à son esprit, la révulsant. Non. Elle garderait les dents bien serrées. Elle s'apprêtait d'ailleurs à l'inviter à continuer sa diatribe quand une autre voix se fit entendre. Froide et sèche, elle prononça si peu de mots qu'ils n'eurent pas le temps de se graver dans son esprit. Puis le rat crama.
Juste comme ça, devant elle. Elle eut un mouvement de recul qui eut pour seul effet de projeter les restes chauds contre son visage et l'affoler encore plus. Le félys près d'elle se déplaça, et la jeune elfe, crachotant, reflua loin de lui et de la grille, tentant de se départir de la cage.

C'est alors qu'elle vit qui était là. Il semblait en bon état et aucune chaîne n'entravait ses pas. Sans compter le ton employé par le félys pour lui parler... Quand à ce qu'il disait... Elle n'en saisit que l'ensemble tant le sang battait à ses oreilles et la tête lui tournait. Mais il y avait là de quoi nourrir tellement d'angoisses... Le corps tremblant, elle se débattait toujours avec la cage le plus discrètement possible, cherchant derrière sa tête l'attache sans parvenir à un résultat probant.
Elle appréhendait le moment où l'elfe se retournerait, le regard qu'il poserait. Elle qui avait craint qu'il n'ait été capturé; se pouvait-il qu'il soit son prochain tortionnaire? Elle portait sur lui un regard emprunt d'inquiétude, et d'une certaine façon de chagrin.



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Re: Luvinia

Message  Urswyck le Mar 19 Fév - 9:12

Il va falloir que je m'occupe de Shagwell. Fermement.

Et comment. Le félys n'a jamais caché son inimitié pour l'elfe, mais là, c'est de la désobéissance pure et simple. Les ordres étaient clairs, même pour les crétins finis de geôliers : "lui faire peur, un peu mal tant que les blessures ne sont pas graves, oui. Mais celui qui me la mutile, me la viole ou me la tue finira pendu par les couilles au-dessus du puits des geôles". Suffisamment clair pour que ces abrutis comprennent, alors que ce finaud de Shagwell ne vienne pas prétendre qu'il n'avait pas compris.

Urswyck bouillonne de colère, mais il ne laissera paraître que ce qui peut servir son dessein. Cette question devra cependant être résolue, mais plus tard. Pour l'instant, c'est Luvinia qui requiert la totalité de son attention. Fort heureusement la fable préparée à son intention tiendra sans aucun doute le coup face aux mots fielleux de ce sournois de félys.

Elle m'a vu. Et elle m'a reconnu.

Il vient de capter le reflet de la lumière dans les grands yeux clairs de la petite prêtresse. La panique, la frayeur, le dégoût, l'épuisement, pas encore de soulagement. Et cette immense tristesse. Pas question de la laisser traîner ça trop longtemps, et ce n'est pas à la cage qu'il pense.

Endossons le costume, donnons vie au personnage...

Quelques pas rapides et il est auprès d'elle, un genou vivement posé sur les dalles crasseuses à son côté. Une lame brille subitement tout contre le visage de Luvinia mais elle n'a même pas le temps d'un hoquet ou d'un mouvement de recul. La sangle qui retenait l'abominable cage sur son charmant minois se relâche, tranchée net, et un geste empli de dégoût et de colère mi-feinte l'envoie rouler au loin avec son macabre et puant contenu charbonneux.

Astucieux. Dommage que le tour provienne de ce petit salopard, sans quoi j'admirerais sans réserve.

La lame disparaît aussi vite qu'elle a jailli. Le visage d'Urswyck est masqué dans la pénombre, tandis que celui de Luvinia n'est que partiellement caché par l'ombre de son corps à lui. Elle ne peut voir son expression, pas encore, et il entretient savamment l'instant de doute, très bref, avant de se pousser un peu sur le côté pour qu'elle soit exposée dans la lumière trop faible du couloir. Et ce faisant, révéler son profil à lui.

Ses traits reflètent un fond de colère qu'il n'est pas obligé de feindre, mais qu'il a revêtu d'anxiété, de souci, d'un peu d'horreur. Les yeux agrandis et les mains fébriles, il lui frôle le visage, grimace d'un air navré à la vue de la pommette meurtrie qu'il effleure du plus léger des contacts. Il la balaie du regard, visage et corps, cherchant les blessures, les coups, les marques, et s'il constate avec satisfaction qu'elle n'a pas souffert autrement que de cette petite baffe et de la frousse qui lui a filée le félys, il joue à merveille un soulagement à demi caché.

Le visage de la jeune fille toujours entre les mains, il revient fixer son regard trop cerné sur elle, et son expression se fait plus grave, le souci passant au second plan, changeant d'objet. Elle ne saisira peut-être pas toute la subtilité de son jeu, mais il se plaît à le jouer le plus parfaitement du monde : tu n'as rien, mais tu te demandes ce que je fais ici, pourquoi ils m'obéissent... Si tu peux encore me faire confiance...

Le temps que les questions se dévident dans leurs deux têtes, pour de vrai dans celle de Luvinia, pour nourrir l'expression de son visage dans le cas d'Urswyck, il lance un regard bref et soucieux vers la lumière du couloir, vers la grille restée ouverte. Les gardes ont tous filé, plus trace de personne.

Qu'elle sente ma tension, qu'elle y retrouve la colère d'avoir été désobéi. Qu'elle se demande encore un peu plus comment il se peut que... maintenant.

- Plus tard pour les questions. Je ne peux pas t'expliquer ici.

Un chuchotis empressé, fébrile.

- Viens... peux-tu marcher ?

Elle peut, oui, mais accentuer sa faiblesse lui donnera plus de réalité. Et il veut qu'elle soit faible. Perdue. Désemparée et frissonnante. Elle est tellement belle avec ce regard immensément liquide et transparent...


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Re: Luvinia

Message  Luvinia le Mar 19 Fév - 13:04

Alors il s'approcha d'un pas pressé, ce qui la fit cesser toute velléité de retirer l'objet collé à son visage. Une arme, et la délivrance. Il repousse la cage au loin et elle lui en sait gré, frissonnant au simple fait de ne plus avoir à subir son contact. Quelques instants, il demeure face à elle, à contre-jour. Luvinia n'ose bouger, craignant la brûlure d'un regard de glace... Mais très vite la lumière se fait, révélant un mélange de sentiments dont perce une certaine inquiétude. En quelque sorte rassurée, elle dirige ses mains vers son visage afin d'arrêter le sang qu'elle sent perler... Mais il la devance. Elle laisse son bras retomber, détaillant l'elfe dans ses mouvements, perplexe. Elle aurait préféré qu'il ne la touche pas. Elle avait déjà eu trop de proximités imposées à son goûts ces dernières minutes, mais n'osait pas non plus se reculer. Après tout il avait quand même chassé le félys et brûlé le rat...

Son examen sembla le rassurer, bien qu'elle ne vit pas ce qu'il pouvait y avoir là comme bonne nouvelle. Après tout elle avait été enfermée depuis au moins des jours, menacée de choses diverses et en phase de torture. Son attitude lui paru curieuse. S'il était rassuré c'est qu'il avait craint quelque chose. Or pourquoi s'inquiéterait-il pour elle? Ils n'étaient rien l'un pour l'autre et ne partageaient guère de choses, sinon quelques discussions et cette balade qui avait mal tourné... Agissait-il de cette façon parce que pour une raison ou une autre, il se sentait coupable? Elle frissonna à nouveau à l'idée qu'il puisse y avoir un lien entre lui et sa présence ici.

Il regarda la grille ouverte et elle fit de même. Le couloir était vide et elle réprima une envie de s'y jeter pour détaler sans demander son reste. Mais elle ne connaissait pas les lieux... Et lui? Personne... N'était-ce pas curieux qu'il n'y ait personne pour surveiller sa cellule? Pouvait-il aller comme bon lui semble? Etait-il...

Et un ordre. Cela lui fit bizarre qu'il lui parla de questions alors qu'elle était justement en train de s'en poser des tas. Mais après tout ça devait être normal vu les circonstances. Le regard qu'elle lui portait était douloureux. Avait-il le même ton que lorsqu'il avait dit au félys de quitter la pièce? Non... Mais il n'avait pas non plus le ton qu'il avait eu lors de leurs discussions à la taverne. Le contexte sans doute... N'empêche qu'elle n'avait pas l'habitude de recevoir des ordres d'étrangers...

Et, doublant le fil de ses pensées, une question, chuchotée. Pressante. Pouvait-elle marcher? Son coeur s'emballa. Pas en discuter ici, ça impliquait d'aller ailleurs. Et ça tombait bien, parce qu'elle avait très envie d'être ailleurs. Savoir si l'elfe était ou non fiable n'était plus important, à côté de l'espoir de quitter la cage. Elle ouvrit la bouche comme pour parler, mais n'y parvint pas et hocha simplement la tête. Luvinia, ne voulant pas ajouter à l'inquiétude apparente de son compagnon de cellule, se décala légèrement afin de se relever en prenant appui sur le mur plutôt que sur lui. Ses jambes flageolèrent et la tête lui tourna. Elle tangua un peu et garda les yeux clos et les mains posés sur le mur le temps de retrouver son équilibre. Quelques secondes s’égrainèrent avant qu'elle n'inspire profondément et pivote vers la lumière et la porte ouverte, faisant un pas dans leur direction. Ses bras se replièrent autour d'elle, comme pour se rassurer. Luvinia tourna la tête en direction de l'elfe, le regard hésitant et fiévreux d'un espoir de quitter cet endroit immonde. N'arrivant toujours pas à prononcer un mot, elle attendit qu'il lui ouvre la route.


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Re: Luvinia

Message  Urswyck le Sam 23 Fév - 10:52

Hochement de tête de la jeune prêtresse, qui tente de se relever, et qui y parvient, tant bien que mal. Urswyck la laisse passivement faire, tout en suivant chacun de ses gestes avec une attention soutenue, et en marquant chacun de ses déséquilibres par un mouvement avorté, feignant la retenue, la volonté de ne pas la toucher plus que de nécessaire, tout du moins tant que son inquiétude ne lui fait pas oublier cette pudique limitation. Prêt à bondir, oui, si elle devait glisser et retomber, prêt à pallier à chaque faiblesse.

Contre toute attente elle y parvient, avec un effort manifeste pour garder son équilibre et dompter le vertige qui tangue dans son regard un peu vitreux. Oh oui elle est affaiblie, très affaiblie... mais il ne la tient pas encore au creux de sa main, loin de là. Et le moment n'est pas venu de l'y faire glisser.

Il se redresse quand il devient clair qu'elle tient sur ses pieds, même de manière aussi précaire. Les bras qu'elle tient noués autour de son corps disent le froid, le désarroi, la peur, et son visage tendu dit la même chose. Et il adore ça. Et il n'en montrera rien, bien entendu, au contraire, un léger froncement de sourcils, le pli dur de la bouche serrée de colère et de contrariété, voilà ce qu'il affiche.

- Par ici.

Mots bien inutiles, il n'y a qu'une porte, qu'il lui fait franchir en l'ouvrant toute grande et en l'attirant au-dehors d'un contact ténu derrière le coude. Le couloir s'incurve en spirale le long des parois du puits, et il l'emmène aussitôt, le pas mesuré, contenu comme à grand peine pour aller à sa vitesse à elle, en maintenant derrière son bras cette même pression légère, juste pour la diriger, peut-être aussi pour la rassurer, ou qui sait, pour se rassurer lui-même ? Qu'elle aille aussi loin qu'elle le veut dans les interprétations.

Ils marchent sur les dalles aux bords arrondis, plusieurs spires d'obscurité, de portes closes, de cris étouffés et de longues lamentations sinistres montant des tréfonds. L'agitation a déclenché des échos dans les cellules du bas, réveillant les ombres hurlantes qui y survivent encore. Urswyck maintient sa main sur le coude de la jeune elfe, y guette les frissons. Et les savoure en secret.

Là-haut, dans la salle où les geôliers s'assemblent, quelques hommes sont tassés sur un banc derrière l'une des longues tables, et font silence à leur passage. Certains affichent un air penaud, les autres un zeste d'inquiétude, d'autres encore un dédain mal assuré, pas trop évident quand même. Ils connaissent les dangers de la désobéissance, et il faut bien avouer qu'ils ont laissé passer Shagwell et sa cage. Ils ne pourront pas prétendre qu'ils ne savaient pas quel usage il désirait en faire, ils étaient là, à baver devant la grille. Ils paieront, mais plus tard.

La porte est ouverte, et un dernier escalier les mène au-dehors .

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