Ténèbres et bruits de pas

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Ténèbres et bruits de pas

Message  La Chèvre Noire le Lun 11 Mar - 10:55



La chute de l'orc le long de l'escalier raide dure de longues secondes. Là en bas, le sol dallé est jonché de débris, gravats, morceaux d'os, restes pourrissants de tissus à la teinte depuis longtemps oubliée. L'atterrissage de l'orc est salué par la fuite éperdue d'une armée de petites bêtes farouches, au nombre de pattes indéterminé. L'obscurité est à peine effleurée de quelques touches grisâtres, peintes par la lueur trop faible du jour qui s'achève.

D'après l'écho, c'est une salle de taille moyenne, quelques mètres de diamètre environ. Et après quelques secondes d'adaptation à la pénombre, le fuyard peut apercevoir trois issues. Sur la gauche, une voûte pareille à celle par laquelle il s'est engouffré, qui s'ouvre sur l'obscurité complète. Un peu plus au fond de la pièce et sur la gauche, toujours, une porte de bois, fermée, peut-être solide, peut-être pas, c'est difficile à estimer. Et à droite, encore une voûte, tout aussi obscure que la première, où on ne distingue que la première marche d'un escalier qui, lui aussi, descend. De cette direction provient un remugle affreux, gluant, relent de charogne et de moisissure.

Des bruits de pas précipités se font entendre dans l'escalier, des ombres s'agitent dans la faible lueur du dehors. Quelques secondes pour faire un choix. Pas plus.




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Re: Ténèbres et bruits de pas

Message  xehlrox le Sam 16 Mar - 4:07

C'est noir.
C'est puant.
Ça vous étouffe comme si l'air vous comprimait. La poussière qui voltige se mêle à cette sensation âcre de sueur enfermée sur les murs.
Difficile de vraiment distinguer quoi que ce soit, et pourtant. Entre les failles des murs, les toiles et les tâches aussi abjectes qu’indiscernables, l'orc doit prendre une décision.
Vite prise au demeurant.

La voute de gauche

Dans son état, aucune possibilité de jouer des bras, ni de descendre un escalier sans risquer de tomber une nouvelle fois.

Son bras gauche tient son bras droit.
Sa jambe droite traine sa jambe gauche qui racle lamentablement le sol.
Son souffle rauque témoigne de sa gorge sèche sur laquelle les brins de poussière se déposent, rendant sa respiration difficile.

il tente d'avaler sa salive tant bien que mal, tout en passant l'arche.

Tel un petit Poucet en piteux état, il laisse tout c qu'il faut derrière lui pour être suivi à la trace.
Des gouttes de sang parsèment le sol.
Sa jambe trainant trace un sillon bien droit. Cependant, la faible clarté pourrait être sa chance, surtout si ses poursuivants se séparent. Car quelque chose lui disait qu'il y avait d'autres habitants que les orteils dans ces sombres cachots ouverts...

Il tente malgré tout de hâter le pas, tandis qu'il s'enfonce dans l'atmosphère oppressante de l'un des nombreux passages de la citadelle.
Pratiquement aucune lumière.

Pratiquement aucun bruit. Pratiquement, car au loin les assaillants semblent s'être engagé sans trop traîner. Presque, parce que le long des murs il entend grouiller des petites choses, tout autant qu'au dessus de sa tête.

Tandis qu'il avance, il sent l'espace d'un instant une masse passer sous ses jambes, un faible pelage accompagné d'un tout petit bruit strident. Xehlrox n'y prête pas attention.

Il avance encore, dans une obscurité qui décroit, tandis qu'il semble apercevoir une très faible lumière en fond. Il se rend compte quelques mètres plus loin que la suite de son parcours sera pendant quelques instants accompagnée de la lumière de l'extérieur.

Un vrai gruyère cette forteresse..

Les nombreux éboulements avaient creusé même les murs de ces passages, dévoilant ainsi un peu de clarté sur les fondations basses de la citadelle.
pas de quoi sortir, mais un minimum pour voir où il allait.

Restait plus qu'à savoir quelle serait sa prochaine étape..

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Re: Ténèbres et bruits de pas

Message  La Chèvre Blanche le Sam 23 Mar - 0:27

Un vrai gruyère, oui. Habité de petits trottinements furtifs.
Oui, il semblerait que Xehlrox soit la première grosse bête à passer ici depuis un bon moment. C'est en tout cas ce qu'on peut déduire des nombreux pans d'antique toile d'araignée qu'il déchire sur son passage.

Derrière le fuyard, les voix résonnent et les bruits de pas précipités. Des jurons, des appels. Un surtout.

"Les gars, par ici !!! Il pisse le sang, y'a qu'à suivre les gouttes !"

Rires gras, exhortations.

"Cours, le gros ! On te chopera avant longtemps, et là tu regretteras de pas avoir saigné tout c'que t'avais !"

Autres rires et appels, l'écho annonce que la cavalcade de poursuivants s'est engagée dans le couloir. La piste est bien trop facile à suivre. Précédés de leur vacarme, les Orteils se précipitent aux trousses de leur gibier, en clabaudant l'excitation de la chasse.

Un gruyère.
Un très vieux gruyère, tout sec, friable.
Et beaucoup trop de bruits, de vibrations, de chocs.

L'éboulement est brutal. En un instant, le couloir est empli de poussière et de cris. Le grondement des blocs de pierre qui s'effondrent est tonitruant, douloureux, presque. En tout cas douloureux pour quelques membres de la troupe au galop qui hurlent la peur et la souffrance.

Puis tout se calme, et il ne reste que la poussière qui flotte, et quelques gémissements. Puis un juron exaspéré.

"Merde, c'est bloqué, plus moyen d'avancer"

Une réponse dans une langue gutturale.
"Ouais t'as raison. Va falloir chercher une autre voie, putain, sinon la Chèvre va nous faire hacher pour la soupe des clébards."

Des grognements, remarques, trop faibles pour être entendus de l'autre côté du tas de blocs.

"Ouais. T'entends, l'orc ? On te chopera ! A un tour de couloir tu nous verras même pas venir, mais nous on te verra, parole !"

Beaucoup de frustration dans ces mots, étouffés par le mur nouveau qui vient de tomber de la voûte. DEs raclements de pieds, des voix qui s'éloignent. Enfin, le silence. Un gémissement faible. Et puis plus rien.

Ils n'ont même pas tenté de sortir leurs blessés de sous les moellons.

A présent Xehlrox est seul. De l'éboulement ne filtre aucun filet de lumière, signe qu'il n'a pas crevé l'ensemble de la voûte. Impossible de regagner la surface par là. Continuer, la seule possibilité.

Et là devant, qu'est-ce qui l'attend encore ? D'autres toiles d'araignées ? D'autres chutes de pierres ?
Pire encore ?

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Re: Ténèbres et bruits de pas

Message  xehlrox le Sam 20 Avr - 3:14

Le temps et la chance semblent avec Xehlrox, ce qui aurait tout à fait pu être l'inverse s'il avait trainé un peu plus.
Il constate quelques instants l’éboulis, imaginant que sa propre carcasse aurait pu orner le tas de pierre d'une jolie teinte verte et pourpre.

Les règles du jeu étaient ainsi, il savait qu'il jouait sa vie, il sentait qu'elle fuyait à petit feu, qu'elle s'écoulait de lui, que son esprit même se tordait au fur et à mesure du temps.

Il commençait à avoir mal à la tête, signe que son mental faiblissait, cependant il était hors de question de s'arrêter.
Curieusement, des petites hallucinations commençaient à accompagner sa lente progression. Les murs se coloraient d'une couleur légèrement vermeille.
Les toiles d'araignée brillaient comme recouvertes d'un fin duvet de soie.
Impossible de savoir s'il avançait vraiment, il pourrait tout à fait être gisant sur le sol et rêver cet instant, tant sa tête commençait à le lancer, et tant il semblait évoluer dans un état de semi conscience.

Bientôt, il arriva à un embranchement. A gauche, rien, juste une ouverture. A droite, rien. Juste une pâle lueur verdâtre en fond et une odeur à déterrer des morts. Idée qui d'ailleurs n'était peut être pas une métaphore tant les lieux étaient morbides et dignes de catacombes.
D'ailleurs était-ce des catacombes?

Et dans cet état léthargique, la décision prise aurait sûrement été contestable. Il alla vers la lumière et la puanteur.
Non qu'il pensait y trouver refuge, mais parce que l'idée d'une lumière lui plaisait, et qu'il sentait bien que les ficelles de son destin étaient tirées par un être odieux et sarcastique qui prendrait plaisir à le tuer de toute manière.
Donc, il fallait faire un choix. Et le vert, ça lui plaisait.

Et l'autre tocard qui joue avec ma vie, là haut, doit bien s'amuser..

Il prit le temps de contempler ses plaies. Un vrai livre, une belle écriture sur des pages de peau. Les brûlures ne le lançaient plus, sans doute avaient-elle cautérisé la peau, et peut-être ne guériraient-elles jamais.
L'épanchement de sang avait coagulé, laissant une trace boueuse sur sa jambe et son épaule.
Il se sentait vidé de tout, de ses forces, de ses envies.
Au fond une mort aurait peut-être été plus respectable. Il serait en geôle actuellement, traité mal, mais ce ne pourrait être pire que ce qu'il vivait. Un lambeau de lui même errant dans le noir. Une once de vie, survivant même.

Et ben sûr, ce n'était pas terminé.

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Re: Ténèbres et bruits de pas

Message  La Chèvre Blanche le Sam 27 Avr - 23:47

Pas après pas, la lueur augmente, de plus en plus sinistre et malsaine, de plus en plus glauque. L'odeur aussi. Ca tient du cadavre à divers stades de décomposition, de la fosse aux fauves pas nettoyée depuis six mois, de la pourriture animale, végétale et même minérale. Ca sent les fluides noirs qui suintent par les craquelures de la peau morte, ça sent l'explosion chuintante qui crève un organe trop gonflé. Ca sent le souffle de la mort, fétide à l'extrême, et à chaque pas, plus irrespirable.

Le couloir descend en pente douce, et marque quelques angles faibles, une fois à gauche, une fois à droite, sans vraiment changer de direction. Et bientôt, la source de la lumière apparaît sur les murs. Une mousse lépreuse revêt les moellons effrités de ses touffes hirsutes, et de ses fibres émane la lueur pâle qui baigne les lieux. Ainsi qu'une partie de l'odeur, aussi. Moisissure, poussière moite, vieilles pierres pourries. Le sol en est couvert également, ses aspérités gommées, arrondies par la prolifération odieuse qui cache les gravats, et parfois... oui c'est un os, ça. Un grand.

Un couloir s'ouvre sous une arche, à droite, mais la voûte s'est effondrée depuis longtemps, et il est impraticable. Plus loin, c'est à gauche qu'une voie s'amorce, elle aussi obstruée de gravats. Et le couloir principal descend toujours.

C'est très diffus, au départ, mais à un moment, pour peu que Xehlrox s'arrête pour un temps de repos, il se peut qu'il entende. C'est un souffle. Profond et lent, sans doute assez lointain encore. Il peut essayer d'imaginer la taille de la poitrine qui respire à ce rythme-là. Il peut supposer qu'elle fait partie de quelque chose de très gros.
Très gros, et très calme.
Pour le moment.

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Re: Ténèbres et bruits de pas

Message  xehlrox le Lun 29 Avr - 4:57

AU fur et à mesure de la descente, les yeux de Xehlrox s'écarquillent.
Il sait qu'il devrait peut-être faire demi tour, mais comme un insecte qui vole vers la lumière, ne sachant pas qu'elle finira par le brûler, il s'avance.

Sa respiration est un peu trop rapide, le cœur tente de compenser le manque de sang. Sa gorge est prise par la poussière, à cela s'ajoute la difficulté de respirer dans cette puanteur ambiante.
Difficile donc d'avancer sans risquer de choir à tout instant, par manque de force, par dégoût, par manque de nourriture aussi. Mais c'est la soif qui l'inquiète le plus.

Sous ses pas, les gravats creusent de fins sillons dans sa peau.
Ses mains caressent les parois pour ne pas tomber.
Ses jambes sont frêles, tremblantes.
Sa bouche pend pour y faire entrer un maximum d'air, bien qu'il ait l'impression d'avaler à tout instant une goulée de pourriture dont il ne saurait déterminer l'origine exacte.

Le calme ambiant n'est plus. Le ronronnement rauque et régulier qu'il a commencé à percevoir il y a quelques instants se confirme. Il n'est pas seul, et celui qui habite ici est gros. Bien plus qu'un orc.

Inutile de penser ne serait-ce qu'à combattre. Il doit passer sans réveiller la bête, sans tomber, presque sans respirer.

Son cœur accélère, battant un rythme effréné dans sa poitrine. A chaque coin de paroi il craint de tomber sur la bête, prête à le déchiqueter comme un vulgaire pantin. Sa progression est lente, sa respiration étouffée. La lueur verdâtre l'empêche de réellement distinguer les formes et les creux, tout semble vert ou noir. Et la bête pourrait tout à fait être contre un mur qu'il ne la verrait pas.

Ses yeux grands ouverts ne clignent plus, malgré la poussière qu s'amoncelle dessus. Il ne veut rien rater.

Le grand couloir s'offre à lui. Il n'a plus le choix. Il s'y rend dans un bruissement léger de peau verte sur la rocaille.

tandis que ce couloir descend, il retient tout à coup sa respiration dans une moue de stupéfaction. Elle est là, il en aperçoit un flanc.
Reluisante du vert qui hante encore un peu le couloir, elle ne bouge pas. Elle dort.
Et Xehlrox est obligé de coller ses deux mains à sa bouche pour ne pas faire sortir le moindre cri ou le moindre souffle qui pourrait la réveiller.

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Re: Ténèbres et bruits de pas

Message  La Chèvre Noire le Mar 7 Mai - 3:55

Un flanc seulement. Ce flanc est une muraille vivante, qui s'élève au-delà du plafond, dans la pénombre, puis dans les ténèbres. Il faut approcher pour comprendre comment cette paroi de chair paisible au souffle lent peut bien se trouver là. Quelques pas suffisent, et la voûte apparaît. L'espace si mince laissé libre par l'immense chose endormie, également. Le couloir se termine ici, c'est une salle qui s'ouvre au-delà, une salle rendue presque inaccessible par ce mur vivant qui bouche à peu près l'entièreté du passage.

Le silence est profond, il n'y a que ce souffle, qui s'accompagne du mouvement des reflets verdâtres sur une peau sombre. Noire, ou en tout cas très foncée. Habillée d'une fourrure courte et lisse, probablement douce, aux poils tellement fins que d'un peu plus loin on l'aurait prise pour une peau nue. On distingue un relief, la bosse puis le creux d'une énorme épaule, peut-être. Puis sans doute un flanc, courbe fuyante à peine striée des petits crêtes de côtes qui se soulèvent et retombent. Plus loin, près de l'angle du couloir, un mètre à peine entre la masse vivante et la muraille. Et l'obscurité presque complète.

Celui qui doit passer essaiera de voir. Il distinguera une lueur très faible, le long du mur, au-delà de la colline sombre qu'est la bête endormie. Une lueur froide, très différente du vert hideux du couloir. De l'argent pâle. Il comprendra peut-être d'où vient cette lumière qu'il voit, peut-être pas. Il tentera peut-être sa chance. Qui peut le dire ? Si la lumière par-delà l'obstacle est nettement moins malsaine, l'odeur, elle, est étouffante. Moins de pourriture et de moisi, mais plus de tanière fauve, et pour cause. Il est là, le fauve. Sa chaleur est perceptible dans le froid qui suinte des murs. Revêtu de sa robe de soie sombre, il dort. Couché en travers de la lumière verte qui, sans doute, lui déplaît.

Voilà qui devrait le rendre un peu plus sympathique.

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Re: Ténèbres et bruits de pas

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