Le bouffon

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Le bouffon

Message  Estendra le Dim 24 Fév - 7:30

Le bouffon ! Le bouffon !
Mieux que l'étrange champignon. Le bouffon. Le vrai. 
L'autre est-il pour autant faux ? Je ne sais pas. Je m'en moque. L'autre est vieux. Il a perdu. De sa superbe, de sa hargne, de sa parlotte. Il ne sait plus rire. Ou plutôt, nos blagues sont devenues poisons. Qui me font grincer des dents, durcir le peu de sourire qu'il me reste. 
Un fou chatgrin ?

Le cauchemar n'est plus. Me voilà depuis bien longtemps réveillée. Et le chat est bien un bouffon. Oh oui, un sale petit bouffon. Ridicule. Risible. Grotesque. 
N'est pas bouffon qui veut. 

La rumeur pourtant.. Oui la rumeur... Elle disait pourtant...
Un bouffon. Un félys. Un chatbouffeur. 

La rumeur mentait donc ? 
Mesquine. Enivrante. Me donnant ce que j'attendais : un bouffon ! Un vrai ! 
Me donnant aussi ce que je n'attendais plus : l'espoir. 
L'espoir... Comme les pelotes. Qui part du fond de la gorge. Qui gratte et qui fait pousser des râles. Qui te prend. Rien de bon. Vraiment rien. 

Elle mentait mon bouffon. Elle mentait. 
Et elle me murmurait « le bouffon, le bouffon... », d'une voix si douce... D'une voix qui enchante. Qui trompe ?

Et je tangue. Je divague. Je tournoie et je vacille. 
Je n'ai rien. Ou si peu. 
J'ai suivi le vert, puis le bleu. Et me voici, sans rien.
Seule ?
Seule.

Sans bouffon ! 
Je veux le bouffon. 
Je peux te le dessiner, mon bouffon. Te le mimer. Te l'écrire. 
Je pourrais presque te le chanter. 

Mais la rumeur ! 
Elle avait dit la rumeur...

Le bouffon...

Dans un souffle. Le bouffon...
Le bouffon... Le bouffon... 

Je veux juste... Un souffle. Un autre... Et le bouffon. 
Voir. De mes yeux voir. De ma peau sentir, toucher, effleurer. 
Écouter. 
Déchanter peut-être. 
Mais voir.
Voir le félys bouffon. Le vrai. Pas celui qui encombre mes rêves. 
Je veux...

La rumeur ! Elle revient !
Plus forte à mon oreille. Plus douce. Elle me prend à la gorge et au ventre et au... Je frissonne. 
Rumeur, je ne t'écouterai plus. 

Juste une fois ? Encore une ? 
Juste une. 
Et je te suis rumeur. Je quitte mon antre, je t'écoute. 
Je veux le bouffon. Le comprends-tu ?

Et tu me cries aux oreilles, me fais me presser. Je tremble et je cours et je tombe. Et ça me remet les idées en place.
Un sursaut me fait me retourner. Je croirais entendre le vert me parler. « Ne fais pas de bêtises ! ». Et la rumeur se tait, comme surprise elle aussi.
De bêtises ?
Ma recherche en est une. Rien de plus bête que de te vouloir, mon bouffon.
Mais le vert à raison, comme toujours.
Alors mon rythme ralenti, et la rumeur se calme. Comme si, elle aussi, écoutait le vert.
Je prends le temps de réfléchir, d'apaiser mon cœur.

Elle m'a déjà eu une fois, la rumeur.
Rien ne dit qu'il soit le vrai. Le bon.
Alors je vérifie mon arc, cherche des habits convenables, chauds. Dans un vol de plumes.
Ce temps, presque mort, est vite oublié lorsque je sors de mon antre.

Mon cœur bat de nouveau la chamade. La rumeur hurle de nouveau à mes oreilles.
Et ma cape s'envole tandis que mes bottes battent la cadence.

Je me laisse emmener vers un endroit que je ne connais pas.
La rumeur se tait soudain, me laissant seule au milieu de ces bois. Je manque tomber, découvrant tout à coup le silence qui m'entoure.
Je marche à petits pas mesurés, prenant soin de ne pas faire de bruit. J'esquive les branches, les racines, me fais discrète.

Car il est là.
Le bouffon. 
Le félys.

Mes yeux le voient, le scrutent. Ils n'ont pas peur, ils ont trop attendu. 
Il est là.
Non loin de moi. Je le devine, et reste sans bouger, légèrement cachée.

Il est là...
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Re: Le bouffon

Message  Shagwell the Fool le Dim 24 Fév - 12:23

Après un détour par les cuisines, prendre l'air. Dérober, dérobade. A grand pas s'éloigner des geôles et de cette saleté de blanc bec venu reprendre la belle proie qui lui revenait et qu'il lui aurait si volontiers abîmée. Comme la hyène à la hyène et qui se couche à ses pieds pour lui lécher le museau, parce qu’elle a les reins plus solides et parce qu’elle s'est mieux soumise à la volonté dominante.
Décharger sa frustration sur ce qui n'appartient qu'à lui. Enterré au fond des bois.
Patiemment élaboré, pensé, édifié, camouflé.
Visiter ses prisons personnelles. Les cages disséminées, enfoncées sous les feuillages, bâties dans les troncs noirs.
Son petit coin bien à lui. En cachette. Les proies subtilisées, les siennes, dérobées au regard suprême et à ses hordes noires auxquelles il n'appartient qu'à demi dans sa cervelle folle.
Il bondit. Faisant gicler les ronces. Saignant le velours du pantalon bouffe. Faisant crisser les tapis de feuilles, arrachant les mousses malodorantes du bout de sa griffe jaune.
Là. Il est arrivé à destination loin des murs, à l'abri des regards.
Suffisamment loin pour qu'aucun cri ne perce jusqu'à la garde pour l'alerter.
Et sanctionner encore une bêtise féline.

Soulève les feuilles puant la moisissure et la pisse.
La peur.
La faim.
La folie et le froid humide qui fait claquer des dents.
Il se tient devant une cage. Un panier à la main, comme un chaperon de conte.
Il contemple son œuvre.
Là, devant lui, le déversoir de sa cruauté pour l'heure insatisfaite.

Pâle, décharnée, sabrée de rictus squelettiques, les pommettes crevant la peau mangée de gangrène, la mâchoire à nu sous le retroussis bleu des lèvres, une face est collée contre les barreaux, où deux mains longues, osseuses, et pareilles à des pattes sèches d'oiseau, s’agrippent. Cette face sur laquelle toute trace d'humanité a disparu à jamais, ces yeux sanglants, et ces mains devenues griffes galeuses, à faire peur.
N'importe quel spectatrice en cet instant se serait rejetée en arrière d'un mouvement instinctif, pour ne pas sentir sur sa peau le souffle empesté de cette bouche.
S'il y en avait eut, le bouffon l'aurait ramenée vivement devant la cage.
Et il y en a une.
Cachée depuis quelques jours. Dont il a flairé l'odeur. Une odeur qui n'est pas celle des siens.
Qui attend. Quoi donc ? Cela il l'ignore encore.
Mais il la néglige pour l'instant.
Il n'est pas encore temps de la débusquer de son trou.

Tout au fond de la cage, dans une ombre de terreur, cinq êtres vivants, qui ont été autrefois des hommes, marchent, marchent, tournent, le torse nu, le crâne noir de meurtrissures sanguinolentes.
Haletant, aboyant, hurlant, ils tentent en vain d'ébranler, par des assauts désespérés, la cloison.
Puis ils recommencent à marcher et à tourner, avec des souplesses de fauves et des obscénités de singes.
Un large volet transversal de planche mal dégrossies cache le bas de leurs corps et, du plancher invisible de la cellule, monte une odeur suffocante.


-Bonjour poète ! Dit le bouffon, s'adressant à la Face. Je suis venu te voir encore une fois, pauvre cher poète ! Me reconnais tu aujourd'hui ? Non ? Pourquoi est ce que tu ne me reconnais pas ?
Je t'ai si bien aimé pourtant ce dernier soir.


Et la Face ne bouge pas. Ses yeux ne quittent pas la corbeille de viande que porte le chat. Et de sa gorge sort un bruit rauque d'animal.

-Tu as faim ? Je te donnerai à manger. Pour toi j'ai choisi les meilleurs morceaux. Mais avant, tu veux bien que je récite ton poème : Les trois amies. Tu veux ? Oui bien sur que tu veux. Tu es heureux que je fasse ça. Ça te fera plaisir de l'entendre.

Et il récite, ne chuchotant qu'à la face, ses vers.

J'ai trois amies
la première a l'esprit mobile comme une feuille de bambou
et blablabla et blablabla....!


-Tu ne te souviens pas ? Est ce que tu n'aimes plus ma voix ?

La Face n'a pas bougé. Elle a l'air de ne pas entendre. Ses regards dévorent toujours l'horrible corbeille, et sa langue claque dans la bouche, mouillée de salive.

-Allez ! Écoutes encore ! Et tu mangeras, puisque tu as si faim !

Et il reprend d'une voix lente et rythmée.

J'ai trois amies.
La seconde a une abondante chevelure qui brille et se déroule en longues guirlandes de soie.
Son regard troublerait Cupidon
Et ferait rougir les cerises...
et blabla bla et blablabla....!


S'interrompt. Tronque une nouvelle fois le poème.

-Ouah ! Ouah ! Aboie la face, tandis que dans la cage, marchant, marchant, tournant, tournant, les cinq autres répètent l'aboiement.

J'ai trois amies. Et c'est là que ça devient merveilleux. C'est là qu'un poème crétin prend un peu de sens, un peu d'ampleur !
Qu'il a enfin quelque chose à dire !



Les cheveux de la troisième sont nattés et roulés sur sa tête.
Et jamais ils n'ont connu la douceur des huiles parfumées.
Sa face qui exprime la passion est difforme,
Son corps est pareil à celui d'un porc.
On la dirait toujours en colère.
Toujours elle gronde et grogne.
Ses seins et son ventre exhalent une odeur de poisson.
Elle est malpropre en toute sa personne.
Elle mange de tout et boit comme un trou.
Ses yeux ternes sont toujours chassieux.
Et son lit est plus répugnant que le nid des guêpes.
Et c'est celle-là que j'aime.
Et celle-là je l'aime parce qu'il y a quelque chose de plus mystérieusement attirant que la beauté : c'est la pourriture.
La pourriture où réside la chaleur éternelle de la vie.
En qui s'élabore l'éternel renouvellement des métamorphoses !

J'ai trois amies....


Le poème est terminé. Le bouffon se tait.
Son visage exprime une méchanceté insupportable.


Les yeux avidement fixés sur la corbeille, la Face, elle, n'a pas cessé d'aboyer pendant la récitation de la dernière strophe.

Alors, le bouffon se retourne, et se jette en arrière, arrachant la jeune félys qui l'épie depuis trois jours à sa cachette, et s'adresse à elle, d'un air faussement triste, la lippe mauvaise, l’œil roublard.


-Vois-tu. Il ne se souvient plus de rien ! Il a perdu la mémoire de ses vers, comme de mon visage. Et cette bouche que j'ai nourrie et baisée ne connaît plus le moindre langage !
Est ce que ce n'est pas totalement admirable ?
Et fou ?


Il choisit parmi la viande du panier le meilleur, le plus gros morceau et, le buste en avant, il le tend, du bout de ses griffes, à la Face décharnée dont les yeux luisent comme deux petites braises dans la cendre.

-Mange ! Mange va !

Avec des mouvements de bête affamée, le poète saisit dans ses mains l'horrible morceau puant et le porte à sa mâchoire où la demoiselle peut le voir, un instant, qui pend, pareil à une ordure, entre les crocs d'un chien.
Mais aussitôt, dans la cage secouée, il y a des rugissements, des bondissements. Ce n'est plus que des torses nus, mêlés, soudés l'un à l'autre, étreints par de longs bras maigres, déchirés par des mâchoires et des griffes et des faces tordues s'arrachant la viande.
Et on n'y voit plus rien.
Et on n'entend les bruits de la lutte, au fond de la cage, des poitrines haletantes et sifflantes, des souffles rauques, des chutes de corps, des piétinements de chair, des craquements d'os, des chocs mous de tuerie, des râles.
De temps en temps, au dessus du volet, une face apparaît, la proie aux dents, et disparaît.
Des abois encore, des râles toujours et presque le silence, puis rien.

Le bouffon qui n'a pas lâché la félys l'attire contre lui et lui prend les lèvres avec force, l'oblige et dans un baiser féroce grogne :

- Je déteste qu'on m'épie. Mais tu m'as follement excité.
On n'entend plus rien. Que ta bouche. Et la mienne.


Une face pâle, décharnée et toute sanglante est collée derrière les barreaux et les regarde fixement, presque orgueilleusement. Un lambeau de viande coule de ses lèvres, parmi des filaments de bave rouge. Sa poitrine halète.


Le bouffon repousse vaguement la demoiselle pour applaudir à deux mains, faisant tinter ses grelots.

-C'est lui ! Regardes bien ! C'est mon poète ! C'est le plus fort !


Et lui jette toute la viande du panier au visage.

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Re: Le bouffon

Message  Estendra le Dim 24 Fév - 21:29

Vision... D'horreur ?
Qui me fait me rentrer brusquement derrière le tronc, l'agripper, avec panique, griffes toutes dehors. Et mon souffle se ferait rapide s'il n'était pas coincé dans ma gorge.
Frissons incontrôlés qui me prennent, même si je suis attachée de toutes mes forces au tronc. Mon dos qui rappe contre son écorce. Mes bras qui se tendent derrière moi, qui se crispent.
Lutte, pour ne pas faire de bruit.

Je ne me fais pas la grâce de me dire que j'ai rêvé. Douce échappatoire que ma folie bouffonienne n'acceptera pas. Et quand bien même je succomberai à cette faiblesse de mon esprit, mon nez lui me l'interdirait.
Car cette odeur, ô mon bouffon, cette odeur...
Et les bruits, mon bouffon, les bruits...

Et ma curiosité mon bouffon, ma curiosité qui me fait lâcher l'arbre. Tourner doucement sur mes talons, me remettre face à... A quoi ? Je ne le sais pas vraiment encore.
Et devrais sans aucun doute partir.

Oh...
Mais c'est si dur mon bouffon... Si dur.
Et je n'ai nul grand vert avec moi pour contenir ma curiosité. « Ta bêtise » dirait le premier de mes verts.
Et ça me fait trembler, mon bouffon. D'une autre façon, qui me part du bout de la queue, remonte jusqu'à mes oreilles. Un long, un horrible frisson...

D'excitation.
Parce que je crois que la bêtise que j'ai commise en écoutant la rumeur, ça n'est pas d'avoir voulu partir sans habits ni armes. Non non. Ma bêtise, c'est d'être venue. Seule, avec juste l'esprit apaisé de l'imbécile armé.
Parce qu'enfin, allons, voyons, ma chatte... Voyons... Tu le sais bien que ce ne sont pas quelques flèches qui vont t'aider. Tu le sais bien qu'à chaque fois que tu sors, tu es obligée d'attendre, sanguinolente, que le vert vienne te soigner. Toute petite à côté du vert.
Petite aussi à côté des tiens, toute fine. Pas besoin de beaucoup de place...

Et là...
Le vert n'est pas là. Et, c'est bien connu, quand le vert n'est pas là, la chatte danse.

Et puis une voix. Qui s'élève.
Guillerette ?
Ça me prend à la gorge, et au ventre et au...

Je me tortille et je me demande.
Et je me redresse et je me penche et je regarde.
Et j'écoute.
En moi c'est le silence. Ma gorge se détend, laisse passer le souffle fin qui s'apaise.
Écoutez le donc parler. Écoutez...

Moi j'écoute. Pas question de me tromper une deuxième fois.
Es-tu, bouffon ?

Je tends l'oreille, fais silence. Pour sa voix.
Sait-il qu'il a un bon public aujourd'hui ? Je dirais même, le meilleur.

Il devrait me réciter son poème à moi.
Moi au moins je l'écoute, je le savoure. Tout comme je savoure sa taille et sa couleur.
Et j'ai presque envie de sortir – bêtise.

Et ils n'écoutent pas.
Ils n'écoutent pas...
Mais moi je le fais, pour deux, pour dix !
Et je me penche plus encore, sans y prendre garde. Je voudrais qu'il se retourne, qu'il m'offre sa face au lieu de l'offrir à l'autre qui semble s'en moquer.

Es-tu, bouffon ?

Et je voudrais qu'il se taise !
Qu'il cesse ces cris !

Qu'il écoute !

Et ça me surprend.
Ça m'attrape et ça m'agrippe.
Et c'est reparti, dans la poitrine, qui me fait mal, ça me tord. Oh oui, ça me fait mal, et l'air passe si mal. Je me crispe et j'ai peur. Et mon œil ne le quitte pas. J'ai peur, et je suis excitée.
Si excitée.

Il savait ! Il savait que j'étais là.
Et ça me trouble, me fait mal encore à la poitrine. Mais l’œil n'est pas hagard. Il ne perd pas une minute. Il observe. Il scrute. Il n'hésite pas.
Regarde ce grand matou.
Et la folle excitation enfouie la peur, tout comme la sottise, l'envie.

Mais la peur n'a pas dit son dernier mot. Elle se mêle à tout ça, fait sa curieuse, râle de se voir si vite oubliée.
Mes yeux ont quitté son visage, suivent ses mouvements. Voient la face, et les dents, et les corps. Mon visage un instant se crispe. Je ne comprends pas ce que c'est, ce que ça a pu être.
Et mon corps tremble.
Tremble contre ton corps, bouffon. Se calme et te regarde, bouffon.
Corps contre corps, le mien s’apaise, prend les choses comme il le veut. Comme il le pense. Avec la naïveté qui est mienne. Chaleur et force et solidité que ton corps.
Et le baiser, bouffon. Trop rapide pour que les sensations de mes lèvres remontent s'exprimer à mon esprit.
Et le baiser, bouffon. Qui fait fuir la peur, car naïve excitation, naïve complaisance.

Ô bouffon, comme tu me parles...

Mais déjà tu me repousses, part vers autre chose.
Folle tempête. Tornade.
Qui en entraine une autre, dans la cage. Qui emplit mes oreilles, mon nez, mes yeux. La face – le poète ? - crie. Crie ? Non, ce ne sont plus des cris. C'est... Autre chose, pire, et tant. Corps décharné qui se jette sur l'offrande du bouffon.

Sans son corps le mien manque flancher. Mes yeux s'écarquillent devant l'étrange scène.
Est-ce ton théâtre, bouffon ?
Et la viande disparaît. Parfois, la face aussi. Renifle, s'agite. Horrible bruit de celui qui mange, dévore, déchiquète la viande offerte.
Combien de temps cela dure-t-il ?
Combien de temps restais-je là, l'horreur muette marquant, gravant mon visage sans qu'il ne me vienne à l'idée de le cacher ? Sans que je puisse détourner mes yeux de cette cage, quand bien même il n'y ai rien à voir, mais tant à entendre et à sentir ?

Et puis la face revient, pose ses yeux sur le bouffon – panier vide, viennent sur moi et descendent, descendent. Les miens esquissent le même trajet, vont vers le sol, voit le morceau. Qu'il espère ?

Je ne comprends pas.
Suis dans un état second. Presque trop choquée pour savoir comment réagir. Pour ne serait-ce que réfléchir.
Je me baisse lentement tandis qu'un mugissement me provient de la cage. Mes yeux se relèvent, voient l'envie sur sa face. Me dégoûte et me navre. Ma main s'égare, frôle les feuilles, trouve la viande.

Mon esprit ne répond plus, ne pense même pas à se demander ce que je fais. Ni pourquoi ni comment. Je suis comme déconnectée.
Je ramasse.
Je me lève. Garde le morceau de viande un instant. J'oublie le bouffon.
Oui. Je l'oublie. Ne reste que ces yeux qui me fixent. Qui me dérangent. Oui, voilà, ce regard dans la cage, cette folie, cette chose qui n'a plus grand chose d'humain me dérange. Enfin j'arrive à mettre un mot sur ce tumulte qui rugit en moi.
Alors je jette la viande, vite, dans la cage, pour que la chose disparaisse de ma vue.

Mon esprit engourdit se réanime doucement.
Je chancelle, me rattrape au bouffon dont la face attire mon regard, encore et encore.
Mais nulle parole, nulle réponse. Je ne peux pas encore.
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Re: Le bouffon

Message  Shagwell the Fool le Mar 26 Fév - 6:46

Et il saisit la chatte qui chancelle, déflorée par sa cruauté. Et la presse contre lui jusqu'à lui couper le souffle,
ses pupilles noires dardant des flammes vertes, il se lèche les crocs.
Ausculte le petit faciès de la trop curieuse femelle.
Enfonce ses griffes dans l'échine, et les rétracte aussitôt, ne laissant que des trous minuscules long de ses vertèbres.


"Maintenant que tu es là, et que tu as voulu voir, et que tu as vu, tu vas devoir miser davantage.
Qu'on sache à quoi s'en tenir toi et moi.
On ne joue pas à chat avec le bouffon sans risquer sa peau, ça le vexe, ça lui fait tourner son lait.»


Il la repousse une nouvelle fois.
Il entre dans la cage. S'enfonce dans ses ténèbres puantes.
Et ce n'est que plainte et grognement.
Coups, supplications.
Il en ressort tenant le poète entre ses griffes, le visage pâle et émacié brouillé de sang.
Le conduit jusqu'à un tronc faisant clairement office de billot.
L'agenouille sur la terre moite et pose sa tête sur cet établi de fortune tout noir de sang ancien.
Présente son dos et ses reins nus à l’intruse.
Un dos et des reins comme du vieil or.
Et le vil bouffon empoigne les cheveux qu'il a très sales et très longs, formant une boursouflure à l'arrière du crâne,
la noue à un anneau scellé dans une dalle de pierre, dissimulée sous la mousse, dans le sol.
Extirpe de sa large ceinture de cuir une longue et fine badine, une verge de fer,
et fouette l'homme à tour de bras, sur les reins.

La badine fait chuitt !
Fend l'air et elle pénètre très avant dans les muscles qui s'aplatissent,
se tassent,
se fendillent,
se fendent,
craquent
et d'où s'élèvent un petit jet de lymphe et de sang.

Une fois le sillon creusé, il laisse la badine dans la chair qui se boursoufle, bleuit et se referme, pour l'arracher à nouveau,
d'un seul coup avec de menus lambeaux saignants.
Et l'homme pousse des cris atroces de douleur.
Puis il recommence, il recommence quinze fois, vingt fois.
Sans lâcher la felys des yeux comme s'il lui entrait le fer dans les reins, avec un regard obscène et froid.
Atroce et doux.
Il cesse.
Il essuie la verge sur sa paume. La lustre. L'astique.


« Viens maintenant.
Prend la.
Fais la tienne.
Montre moi qui tu es.
Combien tu es prête à parier pour plaire au bouffon.
Et si tu es sage,

je te montrerai d'autres jouets. »

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Re: Le bouffon

Message  Estendra le Jeu 28 Fév - 7:21

C'est un test, bouffon ?
Oui, un test hein, sale petit bouffon.

Mais qu'est-ce que tu crois ? Que tout est déjà acquis ? Fini ?
Que je suis là, et que je vais m'écraser, te laisser me faire ce que tu veux, parce que tu en as décidé, et que tu me crois trop bête, trop stupide ?
Tu portes peut-être ton costume, bouffon. Tes grelots, bouffon.
Tu as peut-être sur ta face cette grimace et cet œil et ce sourcil et ce front qui crient, hurlent qui tu es, mais ça ne suffit pas.

C'est moi le juge ici.
Moi le maître. Moi qui test, qui décide.

Mais tu ne le sais pas. Tu me trouves faible hein, ça doit t'amuser, de me voir chanceler, frémir. Tu n'es pas le premier. Mais, contrairement aux autres, on te dit bouffon. Et ça... Ça fait toute la différence.
Vraiment.

Plaire au bouffon ? Oui... Lui plaire.
Mais...
A quel bouffon, mon bouffon ?

Et puis...
Ce n'est pas à moi de plaire au bouffon, mais au bouffon de me plaire. Toute la nuance est là, mais il est trop pris par son jeu pour le comprendre, semble-t-il.

Parce que tu crois que tout t'est acquis, bouffon ? Mais tu te trompes.
Sur mon envie de te plaire, sur ma faiblesse. Sur bien d'autres choses.

Et mon visage se révulse, se tord. Sous les cris de la chose. Sous les coups.
J'ai du mal à regarder ce qu'il fait, à voir cette étrange lame de fer pénétrer si facilement la chair.

Le jeu qui s'esquisse devant moi me prend aux tripes.
Je comprends que mes choix sont rares, mais bien présents. Ou me laisser totalement submerger par l'horreur que je ressens. Jouer au jeu qu'il me propose, prendre la badine et me mettre à frapper, à mon tour. Jouer mon propre jeu.
Lui montrer que je ne me laisse pas faire.
Que la faiblesse que je me connais ne me lie pas, que je ne la laisse pas me dominer.

Mon regard croise le sien lorsque je viens vers lui, me saisis de sa badine.
Sans restriction, je lui offre tout ce que mes yeux contiennent. Toute ma peur, tout mon dégoût.

Peut-être, s'il y regarde mieux, s'il ne se contente pas de ça, verra-t-il qu'il y a plus. Un brin de résolution.

Mon cœur s'emballe, ma main se serre plus encore sur la badine. Je me déplace alors, tourne autour du bouffon et de la face. Les observe, du coin de l’œil pour le bouffon. Je ne suis pas encore décidée, bien qu'une idée, que je repousse, tente d'envahir mon esprit.

Et je lance la badine, bouffon. Je tends mon bras, le jette, d'un coup sec, presque nerveux.
Sur tes fesses mon bouffon.
Un coup qui ne te transperce pas bouffon, car je connais ma force et je sais que tu dois ressentir ça comme une simple claque.

Et je saute, bouffon. Un bond en arrière, loin de toi, de la chose. Je saute, sans lâcher la badine, mets entre nous une certaine distance que tu pourra combler bien vite.

Et ma voix, pour la première fois dans ce bois se fait entendre. Claire.

-Et on appelle ça Bouffon ?
Tu en portes mieux l'habit que le nom !
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Re: Le bouffon

Message  Shagwell the Fool le Dim 3 Mar - 7:56

Le fauve, l’œil luisant, attend. Qu'elle décide ou qu'elle croit décider, au fond, qu'importe:
le résultat sera le même à presque tous les jets.
Elle perdra, puisque la règle reste au bon vouloir du bouffon, qui les déteste, les règles.
Comme toutes les lois.
Il s'en joue. Et il jongle.
Mais il espère qu'elle battra la face comme plâtre et qu'elle le réduira en bouilli.
Et qu'il lira sur son joli minois l'expression visqueuse et pathétique de la douleur et de l'horreur mêlée à la grimaçante jouissance du vice.
Le plaisir de s'avilir.
De se vautrer dans le crime comme on se vautre dans le lit des catins.
Juste pour l'amuser.
Juste pour l'émouvoir.
Juste pour l'étonner, un peu, quelques minutes.

Les occasions de se réjouir et d'être devancé sont si rares dans ce monde.
Les réactions des uns et des autres tant attendues, prévisibles. Si molles et si viles.
Et toute la niaiserie du quidam il la brûlerait à l'acide. S'il pouvait. S'il était légion.
Savourant son holocauste.

Elle approche et offre ses yeux au bouffon. Et dans son regard peureux teinté d'effroi il lit quelque chose de défiant, une pointe d'arrogance et d'amertume,
et un ego qui souffre.
Et tout au fond quelque chose qui brille comme une lame.
Attrape la badine.
Elle tourne, elle fait de si petits pas, avec ses membres raides, tendus comme la corde d'un arc, le front ténébreux et l’œil méfiant qu'il sait déjà qu'elle mise de travers, qu'elle va le truander, la petite garce.
Et décevoir sa folle attente.
Mais il jubile à l'idée de la saisir d'un bond et de la clouer au sol.
Dans sa main frêle la badine lui claque le cul pas assez fort pour l'abattre, pas assez habilement pour lui arracher un cri, pas assez légèrement pour le faire frissonner. Non, elle jette son bras désespérément comme si elle se débarrassait d'un poids et le coup trop plein de nerfs n'a pour effet que de le faire bondir et de le faire grogner, lui infligeant une cuisante brûlure à l’arrière-train.
Et ses yeux flamboient.
Et un grondement sourd vibre dans son torse et dans sa gorge quand il se retourne pour lui faire face. Se campant comme une hyène affamée, le poil hérissé.
Elle s'est prudemment éloignée de lui pour être hors de ses griffes, badine en avant.
Maigre rempart.
Son poing crispé sur le manche.

Sa petite voix fluette retentit, elle lui fait penser au tintement des clochettes et au crissement du papier froissé.


-Et on appelle ça Bouffon ?
Tu en portes mieux l'habit que le nom !


Et le fauve lentement s'approche, de biais, comme un crabe, il ne bondit pas car il juge cet effort inutile, le visage légèrement penché, les oreilles couchées sous le fléau du chapeau chamarré qui grelotte. La fixant comme s'il l'avait déjà crucifiée de ses flèches sur l'arbre derrière elle.


« ça », le prends-tu pour l'un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède et tout ramassé contre le piédestal d'une Déesse qui lève des yeux pleins de larmes vers son immortelle beauté ?
Je ne suis pas un domestique.
Petite fille, je suis un Pitre.
On me nomme ainsi à la ville,
un Pitre Sanglant,
Et je n'ai de Bouffon que le titre que je décline comme il me plaît pour faire rire qui je veux.
Et il n'est nulle reine qui possède ce Bouffon là. Et nulle beauté qui ne l'asservit pour l'amuser comme un petit chien de compagnie malgré ce costume éclatant et ridicule,
et cette coiffe de cornes et de sonnettes.
Car, nulle beauté n'est assez vénéneuse et sauvage,
ni assez cruelle,
ni assez joueuse,
ni assez sensuelle,
ni assez grave pour se l'attacher et faire de lui ce qu'il a rêvé être.
Je suis le fol.
Je suis le funambule qui marche sur le fil.
La raison déraisonnante.
Le chasseur ivre.
Le poète sanguinaire.
Ma plume s'est faite griffe.
Et mon art est celui de la chair.
J'attendais que tu montres l'ombre et tu n'offres qu'une misère.
Claque au cul du chat sonne comme le caillou dans l'escarcelle du pauvre. 
Je ne t'ai pas demandé l’aumône, le bouffon rase gratis si le jeu en vaut la chandelle,
alors montres moi quelque chose,
quelque chose qui fasse pencher la balance du fou
du bon côté.

Sinon je crains ma poupée pour ta peau
et de ne faire de toi qu'un épouvantail à corbeaux. »

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Re: Le bouffon

Message  Estendra le Ven 15 Mar - 12:00

Un soupir, un rien dramatique, s'échappe de mes lèvres. Ma main, légère, se porte à ma gorge.

-Quel dommage... 

Le soupir se fait entendre dans mes paroles.

-Oh...
Quel dommage... 


J'appuie avec exagération sur les syllabes du mot, tout en me déplaçant à mon tour, restant à distance de lui, sans jamais lui tourner le dos. Les yeux mi-clos, l'air triste. Je reviens vers son poète sans cesser de parler.

-Oh, mon bouffon... Quel dommage, quel dommage...
Voilà que je l'ai fâché...
Oh... Pourquoi ne suis-je pas une de ces reines, une de ces grandes femmes à qui l'on donne du « belle dame » ?
Mon allure à moi est loqueteuse.
J'ai l'air si fine. Si petite. Si frêle, qu'à peine on me remarque.
Et une fois vue, que ne se gausse-t-on pas de moi. Que l'on ne me rend pas plus petite encore en pensant pour moi, en agissant pour moi !
Car oui, cette petitesse de corps ne peut aller qu'avec petitesse d'esprit. C'est écrit mon bouffon !

Petite je suis.
Chatgrine.

Et je me glisse. Je me faufile. Toujours. Ils ne me voient pas. Ou ferment les yeux. Ou se disent, pouah, si petite... Si terne... Aucun intérêt. 


Je m'arrête. Le fixe. Cesse de parler, laisse le silence s'éterniser.
Puis, dans un murmure :

-Oh non.
Aucun... 


Puis je souris, lui dévoile mes canines. Reprends mon chemin vers le poète.

-Même pas reine, mon bouffon.

Marmonnement.

-Ni le reste de ses jolies paroles. 

Soupir qui m'échappe. Voix qui s'élève, plus forte.

-Juste capable de faire claquer la badine sur tes fesses.
Oh, bouffon poète funambule, même ça, je le rate.
Et je me mets à genoux devant toi.
Je t'implore. Je t'en conjure. 

Je ploie l'échine, un sourire aux lèvres, me laisse tomber avec grâce à genoux derrière le poète, sans jamais quitter le matou des yeux.

-Le poète se meurt. 

Chuchotis.

-Il ne sait pas danser ? Danser sur la lune. 

Chuchotis incompréhensibles.
Voix qui se fait entendre de nouveau, en tendant l'oreille.

-Il ne sait pas.
Et moi, que sais-je ?
Oh, tant de choses, mon bouffon.
Tant et tant de choses.
L'insignifiance donne un pouvoir.


Voix qui redevient claire, chuchotement oublié.

-Et tu me vois, à tes genoux, bouffon funambule.

Sais-tu danser ?
Et ton poète, sait-il chanter ?
Et moi.
Est-ce que je sais...

Taper ? 


Mouvement de la badine qui siffle dans l'air.
S'arrête à quelques centimètres des boursouflures écarlates du poète.
Haussement de sourcils à ton adresse.

Je t'implore. Tout dans ma posture le dit. Je te cacherais bien mes yeux. On m'a toujours dit qu'on pouvait y lire des choses que je voudrais cacher. Je ne sais pas lire dans les yeux. Peut-être sais-tu faire. Que pourrais-tu y lire ? Sûrement ma peur, ma curiosité aussi, ma défiance.
Je gagne quoi à entrer dans ton jeu ? Qu'est-ce que ça va m'apporter ? Qu'est-ce que tu vas m'apporter ?

Et je comprends, je devine. Mon souffle s'accélère. J'essaie de rester impassible mais ne peut empêcher mes yeux de s'écarquiller. Mes doigts se crispent sur la badine.
Jeu dangereux.
Je deviens funambule moi aussi.

Redresse la tête, les épaules, étire mon corps, poitrine en avant.
Ma main repart en arrière. Mes yeux ne quittent pas les tiens.
Comment t'ai-je frappé déjà ?

Ah.
Oui.
Comme ça.

Et la badine tombe sur les fesses de la face, tout comme elle est tombée sur les tiennes, avec aussi peu de force.
Mon visage exprime toute la naïveté dont je suis capable.


-Je ne saurai guère faire mieux sans apprentissage.
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Re: Le bouffon

Message  Shagwell the Fool le Mar 30 Avr - 3:55

Comédienne, truqueuse.
Tragique.
Mutine.

Comédienne...

Elle danse, elle sourit, lutine, butine les mots, les inflexions, les longueurs de souffles exagérées.

Truqueuse.
Comédienne.

« Tu n'es pas une reine parce que le pouvoir t'étoufferait, parce qu'il t'empêcherait d'errer à ta guise et de venir musarder dans la tanière du loup.
Tu ne te serais jamais aventurée ici, écrasée sous le poids d'un sceptre. »


Comédienne.
Perverse.
A genoux.
Pénitente.
Les yeux piquants.
Les canines minuscules luisent, en avant, soulignant la lippe délicate et velue.
Elle arrête la badine avant le coup et le chat frémit.

« Vas y... frappe ! »

Supplique silencieuse.

« Ne me déçois pas une nouvelle fois. »


Et le chat sourit, sa face se fend d'une plaie froide.
Il compte les secondes avant que le bras ne s'étire, que la poitrine ne se gonfle et que les yeux ne s'élargissent de tout un ciel noir de nuées, et qu'il ne s'abatte.
Léger comme un soufflet. Irritant comme une caresse trop courte.
Agaçant comme une invitation timide.
Qu'elle commente d'un....

-Je ne saurai guère faire mieux sans apprentissage.

Le chat laisse échapper un petit grognement satisfait.
Il lève le nez pour renifler son odeur, en séparer les fragrances, discriminer ses états traversés.


"On n'apprend jamais mieux qu'en faisant.
Maintenant que tu as commencé, recommences.
Pour voir. "


« Si ce n'est pas juste une manière de t'en tirer à bon compte »

Le chat, d'un bond, s'agenouille derrière elle, colle son corps. Il la sent. longtemps.
Penche sa tête sur son épaule, s'y emboîte, et saisit le bras qui tient la badine.
Et lui souffle à l'oreille.

"Vas y"

« Je te donnerai la force nécessaire,
mais tu donneras l'impulsion. »

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Re: Le bouffon

Message  Estendra le Mer 1 Mai - 23:10

Les secondes auraient pu s'étirer, me laissant le cœur battant à tout va, impatiente, apeurée à l'idée de ce que pourrait être sa réaction. Elles auraient pu s'étirer comme lorsque je passais de branche en branche et que l'une d'entre elles s'était dérobée sous mes pieds, me faisant tomber avec une lenteur infinie, me laissant tout le loisir de contempler ce sol qui s'approchait, s'approchait, d'une façon si lente, si lente.
Oui, ça aurait pu.

Mais il n'est pas le sol, la face n'est pas un arbre.
Un long frisson me parcourt. J'en perdrais presque ma mimique naïve pour un sourire ravi. Mais il ne faut pas.
Il faut que je reste calme.
Que j'empêche ce maudit cœur de battre trop vite, pour essayer de le leurrer, bouffon.

Comme si c'était possible.

Sur le fil Estendra.
Sur le fil.
Et tu danses.
Tu l'as déjà fait.
Sur le fil-la-lune.

Et le frisson revient sous ta voix bouffon.
Sous ton corps. Contre.
Avec...

Un instant mes yeux se ferment.
Mon cœur s'emballe et d'une profonde inspiration j'essaie d'atténuer ses battements.
Mais ça n'est pas une bonne idée, ça me fait juste me frotter contre le bouffon.

Parce qu'un bouffon, ça n'a rien à voir avec les autres. Mais un bouffon felys, c'est pire encore. Ça n'est pas vert. Ça n'est pas vert du-tout. Et ça n'est pas soumis. Et ça n'est pas pleutre, à rester derrière les trois têtes de chien.
Ça semble être plein d'autres trucs. Comme pervers, et fou, et violent.
Mais ça n'est pas vert.

Et ça souffle à mon oreille, ça me réchauffe le corps, ça me fait frissonner.
Et...
Je sens que ça monte, et je ne veux pas qu'il l'entende, qu'il le sente. Pas que j'en ai honte. Enfin presque, je pourrais. Mais je ne veux pas qu'il en devine le sens, le pourquoi.

Alors, avec sa main qui saisit mon bras, je n'ai plus qu'une chose à faire, vite. Avant que je ne puisse plus le retenir.
Ma prise se raffermie, mon bras se tend puis revient, rapide, vers la face.

Mon corps tremble.
La badine claque.
Mon souffle se fait rauque.
Elle a claqué. Elle a claqué.
Plus fort que la première fois que je l'ai tapé.
Mais je n'entends rien.
Je n'entends pas le claquement sur la chair.
Je n'entends pas si la face a réagi.

J'entends juste le ronronnement qui explose en moi.

Juste à temps...
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Re: Le bouffon

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