La curiosité est...

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La curiosité est...

Message  Urswyck le Mer 14 Nov - 22:39

[Venant de la cour)

Ici, la lumière est rare. Le couloir s'enfonce et s'ouvre brusquement sur une salle plus large que longue, au plafond presque invisible tant il est haut. De lourdes draperies moisies s'écoulent le long des murs, la poussière en voiles de soie grise danse faiblement dans les courants d'air qui tordent aussi les flammes des torches et des lampes suspendues. Le pas des gardes, mal rythmé, résonne dans l'espace vide et leur revient, mille pieds d'hommes, mille sabots de chevaux.

Un mot bref d'Urswyck, le groupe oblique à droite vers une extrémité de la salle. Avant qu'il n'y parvienne, une fine silhouette se coule par une des portes et les rejoint en trottinant. Une créature étrange, mi-elfe, mi-félys, petite et extraordinairement légère, d'apparence fragile comme du verre filé. Grands yeux d'ambre cernés d'ombre, fourrure délicate autour du petit nez, longues oreilles ornées de boucles de métal. Elle traverse les rangs des gardes qui se sont arrêtés, se dirige droit vers le lieutenant à qui elle glisse un mot à l'oreille, avant de reculer, mains croisées dans une attitude attentive. L'elfe acquiesce à l'information, et congédie d'un geste la messagère. Oui, la. Elle s'éclipse, vive comme une brise d'été, poursuivie par quelques remarques grossières crachées par les gardes.

Le destinataire du message ignore le départ de la fille, les quolibets des hommes, et se tourne vers Xehlrox, un pli vaguement soucieux au front.

- Navré de devoir te faire patienter, cher invité, mais il semble que notre Lord soit pris en ce moment par une question très urgente. Il ne peut te recevoir dans l'immédiat, mais tient absolument à faire ta connaissance dès qu'il sera libéré de ses préoccupations présentes.

Il sourit, toujours ce même sourire parfaitement courtois, mais pourtant chargé d'une signification cachée, malsaine, comme de la chair blessée planquée sous un vêtement luxueux.

- A moi de trouver comment te divertir en attendant qu'il nous envoie chercher. Rude tâche... cet endroit n'est pas vraiment propice au divertissement, enfin... pas à tous les divertissements.

Il adresse à l'orc un mouvement de tête étrange, presque complice. Comme si celui-ci savait exactement de quoi il voulait parler...

- Qu'aimerais-tu voir, cher invité ? J'hésite, pour ma part. Les hommes à l'exercice peuvent t'intéresser, bien sur, certains viennent de loin et leur technique de combat est pour le moins exotique. Si tu éprouves le besoin de te restaurer, nous pouvons y subvenir, bien entendu. A moins que tu ne préfères simplement flâner dans ces murs ?

Son geste pour désigner les vieilles pierres poussiéreuses et les bouches obscures des couloirs est aussi incongru que le reste de son attitude. Désignerait-il des halls brillamment illuminés ornés de cristaux et d'oeuvres d'art, des galeries somptueuses peuplées d'anciens portraits, des jardins verdoyants, tout un séjour délicieux d'abondance et de raffinement, il n'aurait pas un geste différent, ni un autre éclat dans l'oeil, mélange de fierté et de bienveillante générosité.
Comédie.
L'instant suivant, il a repris ce sourire teinté de sarcasme et de noirceur, qui dément instantanément l'impression précédente.

- Alors, noble Xehlrox ? As-tu une préférence ?

La poussière des passages oubliés depuis des lustres ? La table crasseuse, tachée de vin, de jus de viande, de sang et d'autres choses encore ? Le cliquetis des armes ? Ou autre chose encore ? Choisis, ton guide n'attend que ta décision.


Dernière édition par Urswyck le Lun 19 Nov - 8:06, édité 1 fois
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Re: La curiosité est...

Message  xehlrox le Sam 17 Nov - 4:07

Echange de regard, aucun sentiment, aucune émotion.
Il y avait une joute cérébrale entre les deux personnages.

Tous deux savaient, oui bien sûr, c'était un jeu. Pervers, malsain, mais un jeu.

Les règles étaient implicites. Urswyck était dans son monde, il avait l'avantage, c'est lui qui réglait la nature des échanges. Il frappait fort, amenant l'orc là où il le voulait. Mais Xehlrox ne s'était pas attendu à moins. C'aurait presque été décevant au final.

Et bien, je pense que je choisirai de flâner entre ces murs lorsque je l'aurais décidé, avec ou sans ton consentement. Je ne compte pas jouir de ta compagnie éternellement, cependant j'aime l'idée d'apprécier tes talents de guide, surtout lorsque ces derniers sont à mon service.


Là j'ai touché un petit quelque chose en toi, non? pensa l'orc tu sais que je sais que tes armes sont limitées, pour le moment. Est-ce l'emploi du mot "service" qui a fait tourner ton œil une fraction de secondes?

Je ne doute pas que tu as tant de choses à me proposer, et je n'ai pas faim, pas encore. Alors, quel genre de divertissement as-tu, Urswyck? Comment aime tu tuer le temps? Ou plutôt torturer le temps, car je ne doute pas que tu excelles en cette matière.

Il fit juste un léger pas en direction de l'elfe au teint de cire.

Allez, on lance le cailloux dans l'eau?

Amuse moi, puisque tu le proposes si gentiment.

Et là, je sens que je ne vais pas être déçu.

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Re: La curiosité est...

Message  Urswyck le Lun 19 Nov - 7:51

Tout d'abord l'elfe a légèrement plissé les paupières. Son sourire s'est chargé d'ironie, en entendant Xehlrox suggérer qu'il lui serait possible de se promener à sa guise. Voilà de la provocation pure et simple, presque grossière tant il est inimaginable qu'il pense pouvoir aller où bon lui semble. Impossible qu'il ignore qu'à aucun moment il n'y aura moins d'une douzaine de Compaings autour de lui. Forcément, il le sait, et ce qu'il dit là est pure bravade. Et Urswyck n'est pas elfe à répondre à la bravade autrement que par un accusé de réception silencieux...

Autre bravade quand l'orc suggère que le lieutenant joue ici le rôle d'un vague majordome bien dressé, juste plus qu'un larbin de rang supérieur. Un peu plus de résonnance cette fois dans l'esprit du sorcier. Il a, peut-on dire, une très haute opinion de lui-même, et déplore parfois, en secret, de n'être qu'un second. Mais il est hors de question de laisser apparaître cette faille-là, bien sûr. Et donc, cette fois encore, l'elfe ne relève pas.

Je te concède celle-là. Et tu paieras pour ça, grande gueule verte.

Et puis l'orc y va de sa troisième provocation, et là Urswyck s'autorise une manifestation de plaisir surpris. Les sourcils haussés, il salue de la tête la décision de son invité, mouvement appréciateur qui souligne la grande hardiesse de ce choix. Sa voix quand il répond a pris une douceur soyeuse, une onctuosité presque écoeurante. En bruit de fond, les gardes échangent des propos rapides à mi-voix, dans une langue étrangère aux intonations rudes. Et ils rient en sourdine.

- Voilà un choix qui me ravit, cher invité. Du divertissement, très bien. Tu viens de t'offrir la reconnaissance de nombreux des nôtres qui vont bénéficier de ton besoin de distraction...

"Besoin" est délicatement souligné. Comme s'il insinuait que l'orc sait ce qui va suivre, et se languit de ce genre de spectacle...

L'elfe frappe dans les mains, et deux jeunes esclaves en guenilles accourent, se précipitent au-devant de lui et penchent leurs têtes serviles en attendant les ordres. Ordres qui viennent rapidement, à mots secs et précis, dans une autre langue encore.

L'un des esclaves pâlit, l'autre pince les lèvres et raidit les épaules. Ils échangent un bref regard, et l'un des deux a un imperceptible hochement de tête. Il file immédiatement, reprenant le passage qui mène à la grande cour, tandis que l'autre, dont la face exprime un soulagement indicible, se hâte vers une autre arche, perdue dans la pénombre.

- Eh bien, je te suggère de retourner sur nos pas. Ton divertissement sera servi très bientôt, nous devrions aller nous installer confortablement. Par ici.

Inutilement, puisque le visiteur n'a pas encore parcouru assez de ces couloirs pour s'y perdre, Urswyck indique à Xehlrox le chemin à suivre, soit celui qu'ils viennent d'emprunter. Ils repassent le seuil de la grande pièce, et leurs pas, mêlés à ceux de l'escorte, se perdent en écho dans le couloir qui mène à la grande cour...

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